Marine Le Pen revient sur l’anniversaire des Accords de Lancaster House, les deux traités militaires signés entre le Royaume-Uni et la France le 2 novembre 2010, qui permettent de travailler ensemble sur des sujets sensibles, tout en préservant la souveraineté nationale de chacun des partenaires :

Mes chers compatriotes,

Il y a dix ans, le traité de défense de Lancaster House était signé entre la France et le Royaume-Uni.

Malgré l’actualité, je regrette que cet anniversaire soit passé quasiment inaperçu.

En effet, ce traité démontre qu’il est tout à fait possible de coopérer sur des sujets extrêmement sensibles tout en maintenant la souveraineté de chacun des partenaires, dans un esprit de parité et non d’hégémonie.

Ce traité a posé les bases d’une coopération entre la France et le Royaume-Uni dans trois domaines dans lesquels la préservation de la souveraineté nationale est une nécessité absolue.

Dans le domaine nucléaire d’abord. La construction puis l’utilisation d’installations de simulation nécessaires à la fiabilisation des armes nucléaires sont certes communes, mais chaque nation demeure souveraine dans ses recherches. Cette coopération est, pour moi, la plus belle réussite du traité : elle forge en effet une alliance entre les deux seules puissances nucléaires militaires d’Europe, tout en maintenant intégralement sous leur contrôle leur système national de dissuasion.

Dans le domaine des capacités militaires, ensuite. Le Royaume-Uni et la France ont formé une force expéditionnaire conjointe et interarmées. Cette force commune n’est pas l’embryon d’une armée européenne mais bel et bien une force composée d’unités nationales devenues, par l’exercice et l’entraînement, interopérables et donc efficaces ensemble. C’est là la logique militaire même puisque la France et le Royaume-Uni sont les deux seules puissances militaires capables et volontaires du continent.

Dans le domaine des systèmes d’armes, enfin. La conception a déjà permis de s’affranchir grandement de la tutelle américaine, notamment dans le domaine souverain – car stratégique – de la frappe dans la profondeur. Les deux partenaires ont choisi la voie de la valeur ajoutée à celle de la facilité : la première mène à la souveraineté, l’autre, choisie par tant de pays européens, à la soumission. Né de cette union, le fleuron industriel MBDA est bien le symbole de cette coopération qui, en même temps, maintient la souveraineté des deux pays.

Même si tout n’a pas été achevé, tant s’en faut, ce traité a été une réussite en bâtissant une coopération efficace et respectueuse des souverainetés nationales.

Une fois ce bilan plutôt positif posé, ce dixième anniversaire est bien entendu l’occasion de réfléchir à l’avenir de cette coopération.

Premièrement, il faut lui redonner l’élan politique que sa matière même – la coopération stratégique – nécessite. Ce n’est pas le Brexit qui éloignera le Royaume-Uni de la France, mais la perte d’objectifs diplomatiques communs.

Nous devons retrouver avec Londres une convergence de vues sur les grands sujets du moment : or, cette identité de vues a été largement perdue. La désastreuse intervention commune en Libye, responsable du chaos terroriste actuel dans cette région et des vagues migratoires sur notre sol, l’obsession antirusse de la diplomatie britannique, sa tentation du grand large, même avec des Etats-Unis qui ne la respectent plus, l’alliance objective de Londres avec Ankara : toutes ces divergences avec nos intérêts doivent être débattues sereinement. Je demeure convaincue que les deux nations détentrices chacune d’un siège au conseil de sécurité des Nations-Unies et de l’arme nucléaire, sauront retrouver un terrain commun, condition indispensable à toute coopération stratégique.

Deuxièmement, il faudra que les deux capitales comprennent enfin que Londres ne trouvera pas à Washington, ni Paris, à Berlin, une telle coopération stratégique, souveraine et paritaire.

A Washington, Londres ne sera toujours qu’un allié secondaire, sous tutelle et payant cher des systèmes d’armes développés par d’autres ; à Berlin, Paris ne trouvera qu’un partenaire pacifiste, anti-nucléaire et hégémonique qui veut européaniser sa dissuasion et son siège au conseil de sécurité des Nations-Unies, façon diplomatique mais transparente de priver la France de ses atouts de grande puissance.

Troisièmement, les illusions stratégiques devront s’effacer, notamment celles développées par M. Macron : l’autonomie stratégique européenne est un vain mot que même ses amis allemands refusent ;

L’armée européenne n’existera jamais et l’OTAN ne changera pas, même « en mort cérébrale ». Face à ces illusions européennes, face à ces cabris fédéralistes qui sont prisonniers de la cage allemande et de celle de l’OTAN, il reste et restera toujours la possibilité de cette alliance nucléaire, militaire et industrielle, même strictement circonscrite à des domaines restreints, avec le Royaume-Uni. Les chiffres sont là qui donnent du crédit à cette analyse : le Royaume-Uni et la France, à eux deux, pèsent 60% des achats de défense, 85% de la R&T et 40 % de l’industrie de défense en Europe : n’en déplaise à M. Macron et à ses amis allemands, ils constituent les deux seuls piliers opérationnels et crédibles de la défense en Europe.

Elue, je remettrai donc sur le métier cette alliance nécessaire, en reposant la question des convergences diplomatiques, en approfondissant les acquis de cette coopération – nucléaire, capacitaire et industrielle – et en proposant de l’élargir à d’autres domaines comme l’espace, la cyber-sécurité, et naturellement l’aviation de combat. Pour cette dernière qui est si structurante pour notre système de défense nationale, je ne vois pas comment son renouvellement pourrait se faire avec l’Allemagne et sans le Royaume-Uni. Il faudrait plutôt le faire avec le Royaume-Uni et sans l’Allemagne.

Peter Ustinov disait que « les Français et les Anglais sont de si bons ennemis qu’ils ne peuvent s’empêcher d’être des amis. »

Je le crois si bien que je plaide pour une nouvelle entente cordiale entre Paris et Londres.