Tribune du groupe Rassemblement national au Conseil régional d’île-de-France

En France, les clubs de sport, lieux supposés d’intégration, de mixité sociale et de laïcité, ne sont pas épargnés par l’influence islamiste. Cette dérive, jusqu’ici circonscrite à quelques clubs ou associations sportives, est en constante évolution depuis quelques années, comme en témoigne une note du service de renseignement territorial (SCRT) datée de juillet 2015, intitulée : « Le sport amateur, vecteur de communautarisme et de radicalité ». Ce document faisait mention d’une trentaine d’associations sportives identifiées comme pratiquant le prosélytisme religieux en France, et particulièrement en Ile-de-France. La note est agrémentée d’exemples de matchs de football interrompus par des prières, de matchs féminins où les joueuses sont voilées, en dépit des règlements, de la loi et des fédérations.

En outre, un rapport parlementaire d’information sur les services publics face à la radicalisation a été déposé le 27 juin 2019 à l’Assemblée nationale. La mission d’information sur les services publics face à la radicalisation a été créée par la commission des Lois de l’Assemblée nationale le 2 octobre 2018. Elle s’est fixé pour double objectif de dresser un état des lieux de la radicalisation, s’agissant aussi bien du personnel que des usagers, dans les principaux services publics, et de formuler des préconisations pour en améliorer la prévention et la détection.

Par « radicalisation », la mission entend tout extrémisme potentiellement violent à contenu politique ou religieux, visant par là au premier chef la radicalisation islamiste, compte tenu du contexte post-attentats dans lequel est plongé notre pays, mais sans exclure d’autres types possibles de radicalisation.

Au-delà de la dérive communautaire de certains clubs sportifs et associations sportives en France, on constate une montée des phénomènes de radicalisation par la pratique sportive.

D’une part, le cadre juridique et institutionnel qui délimite la pratique sportive reste très largement permissif et propice au mélange des genres entre les associations à finalités culturelles et cultuelles et les associations sportives. Il existe ainsi un risque de voir émerger dans certains quartiers des structures mêlant ouvertement le sport, l’aide au devoir et les activités religieuses par exemple. D’autre part, malgré les efforts récents des pouvoirs publics, les structures sportives locales, de même que l’organisation institutionnelle du Sport en France ne disposent que d’outils dérisoires pour lutter efficacement contre la radicalisation. Enfin, le sport est longtemps resté en dehors des radars des services de renseignement de l’Etat, qui n’avaient semble-t-il pas pris ce phénomène à sa juste mesure.

Loïc Garnier, chef de l’unité de coordination de lutte antiterroriste, a dévoilé jeudi 30 novembre 2017, au cours d’un colloque sur le sport et la radicalisation au Conseil régional d’Ile-de-France, des chiffres concernant le nombre de personnes signalées pour proximité avec des thèses djihadistes dans les clubs sportifs. En effet, il avait affirmé ce jour-là que829 individus sont officiellement radicalisés dans les clubs de sport, mais que ce chiffre est largement sous-estimé”. Selon lui, les pratiques sportives les plus citées dans les signalements de radicalisation sont les sports de combat en tout genre, la musculation en salle, les sports collectifs (particulièrement le football et le futsal) et de manière plus marginale les stages de maniement des armes, les pratiques aéronautiques ou encore les entraînements paramilitaires. D’un point de vue géographique, il explique que cette radicalisation touche davantage les quartiers les plus sensibles et que 18% des radicalisés dits « sportifs » en France se situent en Ile-de-France.

Lors d’un colloque “Le sport fait-il le jeu de la radicalisation ?”, qui s’est déroulé le 28 septembre 2018 à Thionville-Yutz, l’expert en radicalisation dans les sports, Médéric Chapitaux, a affirmé que le mouvement salafiste se trouve au cœur du phénomène de radicalisation par le sport. En précisant que cette radicalisation peut être due d’une part à une volonté de certains groupes de noyauter les structures sportives pour pratiquer une forme de prosélytisme et recruter de nouveaux fidèles et d’autre part au fait que des sportifs côtoient quotidiennement des individus radicalisés et se radicalisent à leur contact. La radicalisation touche dans une large mesure un public jeune et Médéric Chapitaux met en avant le rôle clé des encadrants et des éducateurs sportifs. Ceux-ci peuvent avoir une influence considérable sur les enfants du fait de leur position d’autorité.

Il distingue par ailleurs trois niveaux de radicalisation : le premier est celui de la radicalisation de l’individu isolé dans une structure sportive ; le deuxième est l’individu qui se radicalise au contact de l’encadrement de la structure et le troisième niveau est lorsque la structure en elle-même, exclusivement réservée à un public spécifique, déjà largement communautarisée et aux pratiques religieuses strictes (prières au sein même de la structure, port de l’habit traditionnel, pratique imposée du jeun pendant le ramadan, prosélytisme ouvert) radicalise l’individu qui en fait partie.

Il est nécessaire de rappeler que tous les auteurs d’attentats perpétrés sur le territoire national entre 2012 et 2016 étaient pratiquants dans des clubs de sports de combat, de football ou de musculation.

En février 2018, le gouvernement a inscrit le sport comme axe prioritaire dans le plan national de prévention et de lutte contre la radicalisation. Cependant tout reste à faire.

La radicalisation par le sport est un phénomène préoccupant qui semble prendre de plus en plus d’ampleur au fil du temps.