Le retour des talibans rebat les cartes au Sahel

Tribune libre de Dominique Bilde, Député européen du Groupe Identité & Démocratie

Si l’offensive des talibans en Afghanistan aura horrifié le monde occidental, pour le leader du mouvement islamiste Ansar Dine (proche d’Al-Qaïda), Iyad Ag Ghali, l’heure était à la célébration.

Le retrait américain d’Afghanistan, après vingt ans de conflit et quelques trillions de dollars, présagerait donc un scénario analogue pour le Sahel – du moins se plaît-il à le croire. Il est vrai que les points de comparaison ne manquent pas, puisqu’il s’agit dans les deux cas de guerres asymétriques de longue durée, avec pour corollaire une débauche d’argent public destiné à la coopération au développement.

Il est également vrai que le Sahel se trouve plus que jamais dans l’œil du cyclone islamiste et qu’en réponse, les Occidentaux peinent à définir une riposte convaincante. La grande coalition internationale, vantée par le Président Macron comme parade à la fin de l’opération Barkhane, n’aura par exemple pas vu le jour en près de huit ans – les propres alliés européens de la France se faisant d’ailleurs tirer l’oreille pour seconder son effort militaire.

Au reste, une initiative internationale ne pourrait-elle pas, en fonction de qui y est partie prenante, être un remède pire que le mal ? La conférence de Bruxelles de 2018 avait par exemple été ternie par la participation de l’Arabie saoudite et du Qatar. Ce dernier est en effet régulièrement accusé de connivence avec certaines mouvances islamistes. Autant faire entrer directement le loup dans la bergerie …

Les options ne manquent pourtant pas pour prêter main-forte aux États du G5 Sahel hors du cadre de l’opération Barkhane. Le président du Niger Mohamed Bazoum plaidait récemment pour un appui pérenne en matière de renseignement et de couverture aérienne. Mais là encore, la France dépendra du bon vouloir de ses alliés, au premier chef des États-Unis, dotés d’une précieuse base de drones à Agadez.

Quant à l’équipement militaire, il ne faut sans doute pas trop attendre d’une Union européenne paralysée par le dilemme cornélien de la fourniture ou non de matériel « létal » aux armées partenaires. Pas étonnant que certains pays africains préfèrent se tourner vers la Russie, bien que les « mercenaires de Wagner » soient sous le feu des critiques.

Davantage de volontarisme serait pourtant bienvenu, car le temps presse. Le débat actuel sur l’accueil des migrants afghans donne en effet un avant-goût des répercussions d’une déstabilisation d’un Sahel à la démographie débridée.

Et l’Union européenne sera naturellement aux premières loges d’une nouvelle vague migratoire, d’autant plus insoluble que les taux de retour des recalés africains du droit d’asile sont déjà très faibles. Bref, le Sahel risque d’être la crise de trop, à défaut d’un sursaut rapide des gouvernements et peuples européens.