Tribune de Jean-Paul Garraud, Député français au Parlement européen, Président de l’Association professionnelle des magistrats

Après avoir décidé d’une enquête administrative visant trois magistrats du parquet national financier qui avaient eux-mêmes eu le toupet d’enquêter sur les contacts téléphoniques de l’ancien avocat dans une affaire connexe à celle d’un trafic d’influence reproché à Nicolas Sarkozy, le nouveau ministre, qui déteste les magistrats et qui voulait supprimer leur école de formation, se contente, faute du temps suffisant pour cela, de nommer, pour la première fois de son histoire, une avocate à la tête de cette école nationale créée par le Général de Gaulle en 1958.

Je connais très bien cette école dont j’ai été le directeur adjoint entre 1997 et 2001, et s’il y a des critiques à proférer contre le corps judiciaire, dire que l’école nationale de la magistrature (ENM) est corporatiste est une erreur absolue, une faute majeure.

Une telle affirmation dénote la totale méconnaissance par le ministre de la diversité des recrutements et des formations dispensées dans cette école dont 70% se déroulent sur le terrain lors de nombreux stages très ouverts au contraire !

En réalité, le ministre qui n’a cessé, comme avocat, de vilipender, à coups de procès d’intention, vieux poncifs et préjugés haineux sans fondement cette école, a décidé de l’humilier et de la rabaisser en la mettant sous la coupe de la vice-bâtonnière de Paris (pourtant encore récente dans ces éminentes fonctions), avec une « feuille de route » de combat.

On peut donc gager que les futurs magistrats se verront inculquer une culture professionnelle d’avocats : comme s’il s’agissait des mêmes métiers ! Comme si leurs finalités étaient identiques !

Sous le prétexte passe-partout et fallacieux, que la simple évidence des faits suffit à démentir, eu égard à la réalité du recrutement dans la Magistrature que feint d’ignorer le garde des Sceaux, d’ « ouverture », il s’agit, d’évidence, d’une grande fermeture idéologique, intellectuelle et morale, pour fabriquer des magistrats soumis aux diktats de la défense et honteux de leurs missions répressives : le rêve, en somme, de certains avocats qui confondent la cause de la Justice avec celle de leurs clients…

Loin de moi l’idée de dénigrer le rôle essentiel de la défense, mais à quand les écoles des barreaux dirigées par des magistrats ? Jamais, évidemment.

Devant une telle provocation, les cadres de l’E.N.M. et son corps enseignant, s’ils ne veulent pas être complices de ce mauvais coup, devraient avoir un sursaut collectif de dignité, en donnant leur démission.

Attendons maintenant la nomination d’un nouveau directeur à l’école nationale de l’administration pénitentiaire. Un ancien détenu ?

Après tout, quand sont franchies les bornes de la provocation, il n’y a plus de limites !