Tribune libre de Dominique Bilde, Député européen du Groupe Identité & Démocratie

L’Union européenne n’est pas contente!

Le 3 juin dernier, le Parlement danois votait une loi permettant d’externaliser les demandes de protection des migrants, provoquant l’ire des institutions européennes. Adalbert Jahnz, porte-parole de la Commission n’a d’ailleurs pas manqué de réagir, en invoquant l’illégalité de cette politique ” en vertu des règles existantes de l’Union européenne et des propositions du nouveau Pacte pour la Migration et de l’Asile“. Un bras de fer entre Bruxelles et Copenhague s’apprête-t-il dès lors à commencer ?

De quoi s’agit-il ?

Concrètement, les députés danois ont accepté à une très large majorité (70 voix pour, 24 voix contre) qu’un immigré clandestin qui arrivera au Danemark sera enregistré dans le pays avant d’être directement renvoyé vers un pays tiers pour l’examen de sa demande, en l’occurrence le Rwanda avec qui leur gouvernement négocie actuellement. Fini les centres d’accueil à Copenhague, Aarhus ou Odense ! L’objectif affiché est très clairement de décourager les demandeurs d’asile d’y venir déposer leur dossier.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont les sociaux-démocrates qui mènent cette politique afin de préserver un modèle social dont la renommée dépasse les frontières et dont la mise en place date des années 1990. En effet, le système danois est l’un des plus avancés en la matière, permettant des soins de santé et des frais de scolarité totalement gratuits, ainsi que des aides sociales importantes ! Ce système est financé par le biais d’une taxation extrêmement élevée, l’une des plus hautes au monde, juste devant la France. Pourtant, les Danois, eux, s’en satisfont puisqu’ils en voient les fruits : une vaste consultation lancée en 2016 permettait à ce titre de constater que ce modèle social faisait partie intégrante de l’identité danoise et était par conséquent très largement plébiscité parmi les presque six millions d’habitants que compte ce pays bordé par la mer Baltique et la mer du Nord.

Une politique migratoire ferme !

Tout cela a un prix : celui de la fermeté à l’égard d’une immigration qui viendrait alourdir les finances publiques. C’est ce à quoi s’attelle Copenhague qui a toujours refusé de se soumettre aux injonctions européennes en la matière.  En faisant en sorte que l’aide au retour soit plus avantageuse pour les réfugiés que l’aide à l’intégration, le Danemark est arrivé en 2020 à ne recevoir que 1 547 demandes d’asile. Du jamais vu depuis 1992 !  Avec la toute récente loi sur l’externalisation des demandes d’asile, le pays compte bien ne plus enregistrer aucune demande à l’avenir !

On lit un peu partout que les sociaux-démocrates danois gouvernent comme la droite. Pourtant, dans ce cas-ci, ce type d’observations n’est d’aucune utilité pour comprendre la situation. Cela prouve surtout que la gauche française, en pleine déroute intellectuelle, n’imagine même pas qu’une politique sociale forte peut être couplée à des mesures migratoires fermes. Incapable de sortir de son schéma mental étriqué, cette gauche est incapable de répondre aux aspirations de plus en plus fortes d’une population qui refuse l’immigration.

Que comprendre de la situation danoise ?

Il s’agit en réalité d’une vraie leçon pour la France qui n’en finit plus de payer la lourde note de la politique migratoire dont les Français ne veulent pourtant plus !

Alors que notre pays enregistre des taux de taxation similaires à des pays comme le Danemark, les Français ne semblent pas aussi satisfaits de leur propre système. Lenteur administrative, déserts médicaux, défaillances et sous-financement de nombreux services publics : et si la question migratoire était au cœur du problème, comme l’ont compris depuis longtemps nos amis danois ?

Il est temps de voir ce qui fonctionne ailleurs pour en prendre acte avant d’être les derniers, en France, à continuer d’accepter des flux migratoires que l’ensemble des pays d’Europe refuse peu à peu.