Tribune de Thibaut de La Tocnaye, dirigeant-fondateur d’entreprises industrielles et high-tech, directeur de l’Institut de Formation des Elus Locaux, conseiller régional de Provence, membre du Bureau National du RN

L’écologie… toujours et encore ! Avec cette crise sanitaire dont on sort tout juste, le sujet revient avec une acuité particulière. A juste titre. Mais il faut bien s’entendre sur la définition de l’écologie et sur ce que celle-ci recouvre exactement. Si l’on considère qu’il s’agit bien d’une science, et en cherchant à dépasser la simple étymologie (« étude de l’habitat »), on peut admettre qu’elle a pour objet l’étude du comportement des espèces et de leurs activités au sein de leur environnement propre. Et la première des espèces est… l‘homme. Ce qui nous intéresse avant tout ici.

En fait, l’écologie humaine recouvre beaucoup de choses puisqu’elle renvoie à toutes les actions de l’homme en direction de la nature qui l’entoure : l’agriculture et la domestication de la ruralité, l’utilisation des sources d’énergie, le choix des modes de communication et de transport dans l’espace-temps, l’industrialisation, l’aménagement du territoire…

Et malheureusement, à chacune de ces grandes activités on peut faire correspondre aujourd’hui de graves déviances, dues essentiellement à un pouvoir politique inefficace,  imprévoyant et surtout irresponsable. Ces maux de type quasiment systémique ont pour nom… désertification rurale, épuisement des sources d’énergie, pollutions de l’air, de l’eau, et des sols, désindustrialisation, métropolisation. Il convient d’ailleurs d’y rajouter un sixième déséquilibre structurel qu’est l’hiver démographique qui sévit en Europe (et en Amérique du Nord). En effet, la dénatalité est un facteur-clé de dérèglement et de dévitalisation (!) de l’écosystème humain. On le voit clairement avec les phénomènes d’appauvrissement et de désordre, liés à celle-ci, que sont l’impasse des régimes de retraite, l’asphyxie du système d’indemnisation des chômeurs, la poursuite ininterrompue de l’immigration de peuplement, l’absence endémique de croissance économique, etc.

Alors, il faut bien reconnaître qu’un concept symbolise, pratiquement à lui tout seul, l’ensemble des contrepoisons à injecter dans nos institutions et nos diverses politiques de redressement pour tenter de renouer avec une

société prospère et respectueuse d’une saine écologie… et ce principe d’action, c’est la relocalisation !

Voyons concrètement comment tout cela pourrait s’organiser.

Suite à l’épidémie du covid-19, il semble que le recouvrement de notre souveraineté, et de notre relative indépendance, sur le plan sanitaire et médical soit un objectif désormais admis par la majorité des Français. Tant mieux. Cela impliquera le rapatriement d’une partie de la production des médicaments et des équipements médicaux, en particulier les plus critiques (principes actifs, antibiotiques, intermédiaires de synthèse…) dans les domaines-clés (virologie, cancérologie, système nerveux…). C’est donc une première relocalisation qui devrait garantir une plus grande protection de l’homme au sein de son environnement, bref une meilleure écologie.

Mais la crise actuelle nous a montré qu’il ne faudra pas s’arrêter là. Il est, en effet, intéressant d’analyser quels secteurs économiques ont été contraints, malgré le confinement, de poursuivre leur activité à 80 ou                 100 %.On trouve ainsi l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, mais aussi l’énergie, le traitement des déchets et de l’eau, les télécommunications, les systèmes informatiques, l’ensemble des réseaux de transport, même si ceux-ci ont tourné au ralenti, et, bien sûr, le système bancaire et deux tiers des services publics. Il est donc clair que, dans l’optique d’un fonctionnement autonome de notre économie en cas de nouvelles crises sanitaires, alimentaires ou d’un autre type, ces secteurs devront être « sauvegardés » et faire l’objet de protection spécifique (contrôle des maillons critiques des chaînes d’approvisionnement et relocalisation partielle ou totale de la production).

Cependant, bien d’autres secteurs ne peuvent, en réalité, être paralysés plus de quelques semaines sous peine de blocage à très moyen terme du reste de l’économie et de la vie quotidienne des Français. Exemple : le secteur de l’électronique avec la fabrication des semi-conducteurs dont la continuité totale d’exploitation est capitale, car elle conditionne la survie de nombreuses autres filières. Il est, effectivement,  utile de rappeler que ces composants sont « essentiels à toutes les infrastructures et équipements vitaux » décrits plus haut. Les microprocesseurs sont, en quelque sorte, les « cerveaux » de tous les  équipements électromécaniques. Un raisonnement identique pourrait s’appliquer aux matériaux composites, à la plasturgie, à la métallurgie, à la chimie et même au carton, absolument indispensables au maintien des filières industrielles-clés !

En définitive, il est facile de démontrer que, pour avoir une économie un minimum intégrée en cas de crise, c’est l’essentiel du tissu industriel qui doit être maîtrisé. Rappelons à ce sujet les vertus économiques uniques de l’industrie : un effet d’entraînement incomparable sur les autres secteurs en aval, l’apport d’indépendance vis-à-vis de l’extérieur dans tous les domaines (médical et sanitaire, traitement de l’eau, agroalimentaire, énergie, numérique, etc. une résilience aux crises de tous ordres et, bien sûr, une source de création de valeur et de richesse inégalée. La réindustrialisation, dont la relocalisation est un des leviers, apparaît comme un des grands remèdes au dérèglement et au risque de démantèlement de nos sociétés occidentales prétendument développées et pourtant bien malades.

Car toute économie développée ne peut faire l’impasse sur son industrie. Et les bienfaits de l’industrie vont plus loin encore. Ainsi, la réindustrialisation de la France s’accompagnera nécessairement de la reconquête des espaces semi-ruraux ou semi-urbains (les 3.000 communes de densité moyenne 400 habitants au km2) et ruraux (les 31.000 communes de moins de 60 habitants au km2). Pourquoi ? Parce que, forte de nos champions industriels heureusement toujours existants (l’un de nos derniers atouts) qui font office de grands ensembliers, la réindustrialisation s’appuiera quasi uniquement sur l’implantation de nouvelles PMI et leur développement dans tous nos « territoires ». En effet, c’est justement ce maillage autrefois très dense de sous-traitants (correspondant à tous les métiers tels que la plasturgie, les matériaux composites, l’électronique…) qui a été détruit depuis 40 ans. Or, ces PMI sont, ou étaient, situées, à plus de 80 %, en dehors des métropoles, c’est-à-dire dans les zones semi-rurales et rurales qui hébergent, en fait, plus de deux tiers des Français ! Et les ETI (entreprises à taille intermédiaire de 250 à 5.000 salariés), véritables fleurons de toute économie performante, possèdent traditionnellement leurs unités de production sur ces mêmes zones à plus de 70 % !

Voilà comment la réindustrialisation, conjointement à la relance de l’agriculture, et parallèlement à tous ses avantages déjà vus, contribuera largement à rééquilibrer nos territoires et à œuvrer directement à un aménagement du territoire en phase avec une écologie authentique et une amélioration substantielle de la qualité de vie de nos concitoyens. « L’industrie à la campagne » côtoiera le renouveau agricole et la résurgence de tout l’écosystème indispensable à l’épanouissement des individus et des familles (retour en force des services publics, des commerces, des maternités, des crèches, des écoles, des églises de villages…) en dehors des zones hyperurbaines. En avant donc la démétropolisation 

Pour compléter le panel des champs d’application de la relocalisation, citons bien évidemment le secteur de l’énergie. Là encore, il faut imposer la « marque française » : grâce au nucléaire (70% de l’électricité) et à l’hydraulique (12% de l’électricité) qui nous assurent une assez grande indépendance énergétique (en tout cas au niveau des besoins industriels et domestiques hors chauffage) nous devons pouvoir faire ce que nous voulons sur le plan des énergies renouvelables. En particulier, il est hors de question de continuer de dépendre de panneaux solaires chinois et d’éoliennes chinoises (encore), américaines ou allemandes, sachant qu’en plus de cela, l’éolien et le solaire sont des sources d’énergie renouvelables extrêmement discutables. Adoptons massivement nos solutions et nos expertises hexagonales et locales en matière d’énergie, y compris dans le domaine du renouvelable (géothermie, biomasse…).

Enfin, on aura compris que la relocalisation des activités industrielles et agricoles est, par excellence, un « anti-polluant » et un « anti-gaspi » puisque l’on diminue drastiquement l’acheminement de matières premières, composants et équipements en provenance de tous les continents et par là même la consommation en sources d’énergie fossiles, principales pourvoyeurs en énergie des moyens de transport maritime, fluvial, aérien et routier.

En conclusion, il est sans doute judicieux de rapprocher le concept de relocalisation de celui plus large de décentralisation ainsi que du principe de subsidiarité. Car toute volonté politique actuelle de relocaliser dans un authentique souci écologique s’inscrit bien sûr dans le courant historique souverainiste antijacobin. Car si l’authentique souverainisme réhabilite l’Etat-Nation, il promeut largement en parallèle les « corps intermédiaires » qui sont autant de relais de souverainetés et de libertés locales auprès de nos concitoyens.