Tribune de Dominique Bilde, Député européen

Trahison”, le mot est désormais sur toutes les lèvres alors que l’année 2018 se clôt sur une annonce pourtant largement anticipée : la fermeture définitive des hauts fourneaux de Florange, au mépris de l’accord conclu en 2012 entre le gouvernement Hollande et Lakshmi Mittal.

Au mépris également du verdict du « rapport Faure » qui, en 2012, qualifiait le site de « viable, fiable et rentable ». Toute honte bue, ArcelorMittal n’a même plus à cœur de sauver les apparences : ainsi, alors que le fleuron français subit un sacrifice absurde sur un marché de l’acier dynamique, ouvrant ainsi les vannes à la déferlante de l’acier chinois, le site italien d’Ilva est, lui, racheté au prix fort. À la clef : un investissement de 2,4 milliards d’euros. Florange, elle, n’en nécessitait que 400 à 500 millions…

Le mépris affiché envers la France au travers de tant de promesses bafouées est d’ailleurs largement partagé.

À Blanquefort, c’est le dirigeant de Ford Jim Hackett qui daignait à peine répondre aux appels implorants d’un Bruno Le Maire. Pourtant, entre 2011 et 2014, le groupe aurait bénéficié d’au moins 20 millions d’euros d’aide publique. Sans compter le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, qui, comme le rappelait en 2017 Marine Le Pen face à un Emmanuel Macron goguenard, aura surtout fait le miel de grands groupes. Comble de l’ironie, le CICE pourra être imputé par Ford sur l’impôt de 2019, même en cas de fermeture. Bordeaux Métropole a eu beau se fendre d’un tweet assassin annonçant le gel de la dernière tranche d’aide publique, pour les salariés comme pour la France, le mal est fait et l’humiliation consommée.

D’autant qu’à l’affront public s’ajoute un préjudice incalculable. Préjudice humain d’abord, car si les 629 salariés des hauts fourneaux de Florange ont pu être reclassés ou prendre leur retraite, l’ensemble de ceux de Ford n’aura vraisemblablement pas cette « chance ». Au total, 872 emplois sont sur la sellette. Préjudice de long terme ensuite, avec une irréparable perte de savoir-faire dans une France déjà auréolée du titre peu enviable de pays le plus désindustrialisé d’Europe. Les hauts fourneaux emportent ainsi avec eux les vestiges d’une sidérurgie jadis florissante et aujourd’hui laminée par une production chinoise en excédent de 400 millions de tonnes par an.

En laissant notre industrie, fruit d’un savoir-faire centenaire, sans défense face à la concurrence déloyale et les appétits d’étrangers peu scrupuleux, la France comme l’Union européenne portent une lourde responsabilité dans la désindustrialisation massive du paysage économique français. Les millions d’euros d’aide publique jetés aux quatre vents sans contrepartie n’auront qu’un seul effet tangible: celui d’ajouter à la débâcle l’humiliation.