Tribune de Mathilde Androuët, député français au Parlement européen

Heurtés par le récent débat sur les caricatures de Charlie Hebdo, le monde musulman et tout spécialement la Turquie se sont lancés dans de vives attaques à l’égard de la France. Menaces diplomatiques, insultes politiques et boycott économique… Le conflit du Haut-Karabagh paracheva le tout et amena des centaines de Turcs à affronter la minorité « rivale » arménienne aux cris d’ « Allah akbar » et à défier les forces de l’ordre dans plusieurs villes de notre pays.

En réponse à ces affronts qui ne sont malheureusement que les derniers d’une longue série, nous étions en mesure d’attendre une riposte européenne pour faire bloc autour de la puissance française. Il n’en fut rien, et le partenaire allemand a brillé par sa fuite en avant pour ménager son ami ottoman. Pire, à l’occasion d’un sommet européen consacré à la question turque, l’Allemagne de Merkel s’est même opposée à des sanctions immédiates contre Ankara pour ne pas froisser la relation qui les lie. Ces derniers jours auront a contrario mis en exergue deux sollicitations d’importance, d’une part du gouvernement grec et d’autre part de la gauche allemande : la Grèce a en effet exigé de Berlin qu’il cesse les exportations d’équipements militaires vers la Turquie en raison du différend territorial qui oppose les deux pays en Méditerranée orientale. En parallèle, les écologistes allemands ont déposé une motion au Parlement pour mettre un terme au contrat relatif à la vente de six sous-marins du constructeur naval ThyssenKrupp Marine Systems au profit de la Turquie dans le cadre du partenariat dans l’OTAN.

Après avoir désavoué la France à de multiples reprises et fait cavalier seul au sein même de l’Union européenne, il est urgent que l’Allemagne choisisse son camp. On ne compte plus les velléités de conquête du sultan Erdogan en Europe : chantage migratoire incessant, ingérence politique, posture belliqueuse contre les pays européens… L’attitude allemande actuelle interroge sur la réalité d’une « solidarité européenne » qui passerait loin derrière les considérations aussi bien économiques que diplomatiques ou même intérieures, l’Allemagne étant largement paralysée vu l’importance de la communauté turque sur son sol.

Il est plus que jamais temps que la France engage une clarification au plus vite avec son voisin allemand pour lever l’ambiguïté d’Angela Merkel vis-à-vis de l’expansionnisme d’Erdogan. Mais elle doit surtout contraindre l’Europe à parler d’une seule voix et prendre acte du fait que la Turquie n’est plus un allié et ne mérite plus d’être considérée comme tel à la fois au sein des instances européennes qu’au sein de l’OTAN. Cela permettra ainsi d’en tirer toutes les conséquences dans les futurs échanges avec ce pays ouvertement hostile à l’Europe.