Ces dernières nuits, la France agricole a connu l’un des plus graves aléas climatiques du siècle. Après plusieurs années déjà marquées par des épisodes de grêle et de sécheresse, les professions viticoles, arboricoles et maraîchères ont vu leurs cultures dévastées par le gel. La quasi-intégralité des 4 millions d’hectares de surface agricole utile et les 216 000 hectares de vignobles de la Région Nouvelle-Aquitaine ont été impactés.

Déjà lourdement pénalisée par les errements du Gouvernement depuis le début de la crise sanitaire (restaurants fermés, marchés et salons annulés…), la filière agricole doit encaisser un coup dur supplémentaire.

Par ailleurs, il est déplorable qu’une partie de la gauche instrumentalise ces aléas climatiques pour stigmatiser les agriculteurs en les désignant comme responsables de la pollution de l’air.

Si les enveloppes exceptionnelles promises par Julien Denormandie sont absolument nécessaires et doivent impérativement intervenir sans délai, la gestion des risques ne doit pas être réduite à une gestion administrative et comptable de sinistres. En effet, pour survivre durablement, les exploitations doivent surmonter trois impératifs : préserver leur trésorerie, renforcer leur compétitivité et se protéger des futures calamités climatiques.

En premier lieu, il convient de signifier que l’assurance récolte, cofinancée par la PAC au titre du FEADER, doit être améliorée via notamment l’abaissement du seuil de déclenchement et la diminution de la franchise. En outre, l’enveloppe d’indemnisation pluriannuelle disponible doit être revalorisée.

En parallèle, il convient de revoir les modalités d’attribution des fonds relatifs au Plan de relance destinés à subventionner, via FranceAgriMer, l’achat d’agroéquipements de protection contre les aléas climatiques (brûleurs, capteurs, bâches antigel, convecteurs air chaud, systèmes de micro aspersion antigel…). Ce fonds de 70 millions d’euros doit être augmenté et le taux d’intervention, 30% du montant HT de l’équipement, dans la limite de 40 000€, doit être relevé.

De plus, il est indispensable d’investir massivement dans la recherche afin de mettre rapidement au point des systèmes de protection innovants des cultures, à l’image de l’appel à projets intitulé « Territoires d’innovation » qui mobilisent les régions et les acteurs des filières ciblées.

Afin que la compétitivité de la filière soit soutenue, il faut lancer un grand plan de reports, d’allégements et d’exonérations de charges qui pourrait passer respectivement par un rééchelonnement des crédits bancaires, un abattement sur la taxe sur le foncier sinistré, la pérennisation du dispositif TODE ou encore l’exonération des charges sociales et patronales sur l’emploi des salariés et des exploitants viticoles, sans que cette exonération implique l’amputation des droits générés par ces cotisations.

Enfin, le recours à une politique de protection du marché intérieur français, via une volonté de détaxation des circuits courts et de surtaxation des importations mondialisées anti-écologiques, s’avère indispensable.

Seule l’articulation de ces propositions ambitieuses permettra à la Nouvelle-Aquitaine de sauver le chiffre d’affaires de la filière (qui s’élève à plus de 10 milliards d’euros) et de pérenniser 128 000 emplois régionaux afin que la Région reste la première agricole d’Europe et la deuxième région viticole française.