Tribune libre de Dominique Bilde, Député français au Parlement européen

« Que votre oui soit oui, que votre non soit non. » Ce saint précepte n’a visiblement plus cours auprès des têtes pensantes européennes, bien conscientes du rejet massif par l’opinion publique des élargissements successifs de l’Union.  Dernier exemple en date : l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, rejetée lors du sommet des 17 et 18 octobre.

À époque, Emmanuel Macron s’était improvisé fer-de-lance d’une opposition réunissant France, Pays-Bas et Danemark même si dans l’hémicycle à Strasbourg le discours de son groupe était en demi-teinte et les premières fissures n’avaient pas tardé à mettre à mal ce fragile front des malcontents. Tandis que le Danemark et les Pays-Bas se montraient finalement enclins à l’indulgence sur le cas de la Macédoine du Nord, le locataire de l’Élysée se livrait quant à lui à son habituel numéro d’équilibriste.

En visite à Paris moins d’un mois après le sommet, son homologue albanais Ilir Meta en était revenu aux anges. Que lui a-t-on dit ? Rien n’a filtré. Mais, à l’en croire, la France soutiendrait pleinement la vocation européenne de l’Albanie. Les Français, qu’Emmanuel Macron avait assurés le cœur sur la main de son opposition à ce projet lors de la campagne de mai 2019, auront certainement été ravis de l’apprendre.

Ce petit jeu du chat et de la souris pourra-t-il encore s’éterniser longtemps ? En mai, le sommet de Zagreb s’apprête à accoucher de l’ouverture des négociations au forceps, mettant Emmanuel Macron au pied du mur. En attendant, les grandes manœuvres s’enclenchent. Hier, la Commission dévoilait sa « nouvelle méthodologie pour l’élargissement », dans l’espoir d’arracher enfin l’accord du Président français.

À n’en pas douter, nos compatriotes paieront au prix fort cette énième lubie européiste. Car dans la corbeille de la mariée de l’Albanie, on trouve, en vrac, une corruption endémique ayant fait reculer le pays de 23 places en trois ans dans le classement de Transparency International, une économie atone (le salaire moyen plafonne autour de 400 euros), et surtout un pays majoritairement musulman, travaillé par l’islam radical. Pas étonnant qu’en 2017, les Albanais constituaient le premier contingent de demandeurs d’asile en France !

Certes, l’adhésion n’est pas pour demain. Mais n’ignorons pas que ce long processus se paye, pour le contribuable français, en espèces sonnantes et trébuchantes. Entre 2007 et 2020, l’Albanie et la Macédoine du Nord auront obtenu respectivement 1,24 et 1,23 milliard d’euros en fonds de pré-adhésion. On leur en promet désormais 78 millions. De quoi convaincre les impétrants de faire durer le plaisir de ces bien étranges fiançailles.