Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de votre présence à cette conférence de presse exceptionnelle au cœur de la capitale des Etats-Unis d’Amérique, consacrée à la question de la crise mondiale, à la veille d’un nouveau sommet du G20, un énième sommet du G20, qui se tiendra en France, pour clore la présidence française.

Je souhaite aujourd’hui prendre un peu de hauteur en vous parlant du système économique mondial, qui me paraît totalement déréglé. Devenu fou, il produit dans les régions du monde les plus affaiblies, on pense bien sûr en premier à la zone euro plombée par une monnaie imbécile, ses pires effets. Il produit misère, chômage, désindustrialisation, explosion des inégalités, et partout, désespoir. Au désespoir succède parfois la colère, qui est salutaire si elle permet de changer les choses, mais qui peut tout aussi bien produire le chaos et le désordre si elle ne trouve aucune force pour l’orienter vers une alternative crédible.

Il n’est donc plus temps de parler, et sans cesse parler, de faire de la communication. Le G20 pour l’heure n’a servi à rien, je le regrette profondément. Il n’a servi qu’à tromper les peuples, mais rien de concret n’en est sorti.

A une époque cruciale pour l’avenir des nations, se réuniront donc demain une nouvelle fois à Cannes les dirigeants du G20 pour convenir de la stratégie à tenir dans cette désagrégation de l’économie réelle qui échappe à tout contrôle. Cette désagrégation qui frappe de plein fouet nos économies, et en particulier celles de la zone euro, que rien ne protège : ni frontières, ni monnaie digne de ce nom, ni vision stratégique d’Etat.

Au vu de l’efficacité des précédents sommets du G20 depuis 2008, sommets qui font mine de fustiger la spéculation financière et les rémunérations des banquiers tout en poursuivant leur plan ruineux de renflouement des banques insolvables au détriment des peuples de plus en plus surtaxés et désespérés, il y a beaucoup de raisons de craindre un nouvel échec, si les mêmes méthodes et les mêmes moyens sont utilisés face à cette crise monumentale.

Aucun des sujets abordés, et seulement abordés lors des derniers G20, n’a progressé d’un iota. On a beaucoup parlé, on se réunit, on palabre, et l’année qui s’achève aura été celle d’une présidence du G20 aussi inefficace qu’incapable. Ainsi, rien de concret sur le front des quelques sujets abordés mais pas traités : je pense aux faramineux bonus des traders, aux paradis fiscaux, à l’harmonisation comptable mondiale, au renforcement des fonds propres bancaires, à la taxation bancaire ou au contrôle des fonds spéculatifs. Les promesses des précédents G20 n’ont pas été tenus, il suffit de voir le montant des bonus des traders encore l’an dernier : 2 milliards d’euros dans mon pays la France, soit autant qu’avant la crise. Et ce phénomène est partout le même.

Pire, les racines de la crise et les solutions aux problèmes fondamentaux que nous traversons ne sont toujours pas évoquées :

– La réforme du Système Monétaire International (quel étalon monétaire, quelles places pour les Banques Centrales, quid du dollar ?). On s’interdit d’évoquer en particulier la question de l’euro, alors que cette monnaie, que beaucoup d’économistes avaient jugé avec raison, comme nous, non viables depuis le départ, est en train de produire ses pires effets : chômage, dette en explosion, et incapacité de sortir du marasme.

– La réforme du modèle du “libre échange” incontrôlé qui soumet nos pays à une concurrence déloyale synonyme de désindustrialisation. Je suis ici dans un pays qui sait se protéger quand nécessaire, et qui sait favoriser ses producteurs nationaux et ses PME, mais force est de constater que ce n’est pas le cas partout, et sûrement pas du continent d’où je viens, continent qui s’est enferré dans une idéologie dévastatrice, qui refuse toute protection, qui se jette sans réfléchir dans le grand bain de la mondialisation débridée.

En effet, sans changement radical du modèle économique ultralibéral mondialiste, une longue période d’instabilité globale de toutes natures verra le jour, pour au moins une décennie. Beaucoup l’annoncent, et j’en suis convaincue moi aussi. Nous en vivons bien sûr déjà les prémisses.

D’ailleurs, à l’heure même où je vous parle, même le Pape proteste contre les dérives du système économique actuel et sensibilise l’opinion publique pour obtenir un discernement approfondi des principes, des valeurs culturelles et morales qui sont à la base de la vie sociale en commun”.

Le Vatican met en garde contre “l’idolâtrie du marché” et “l’idéologie néo-libérale” selon laquelle les problèmes actuels seraient exclusivement d’ordre technique. Le Conseil pontifical pour la Justice et la Paix a déclaré :”Les gens à Wall Street doivent s’asseoir et réfléchir avec discernement pour savoir si leur gestion actuelle des finances mondiales sert les intérêts de l’humanité et l’intérêt général” ou encore « les économies mondiales devraient assumer une éthique de la solidarité entre pays pauvres et riches ».

Et que nous disent les « indignés de Wall Street », avec leurs mots et selon leurs propres traditions ? La même chose : ce même besoin de rebâtir un monde libéré du règne de l’argent-roi, de la finance et de la spéculation. La nécessité de parler aux vrais gens de leurs vrais problèmes. C’est mon ambition.

Pour ma part, je considère que le diagnostic du Saint Siège, de nombreux économistes et des mouvements qui tendent à définir une nouvelle vision de l’homme est le bon :

Ainsi ce jugement qui me paraît très juste :
“En matière économique et financière, les difficultés plus importantes proviennent de l’absence d’un ensemble efficace de structures capable de garantir, en plus d’un système de gouvernance, un système de gouvernement de l’économie et de la finance internationale.”

Le monde a besoin “d’un corpus minimum, partagé, de règles nécessaires à la gestion du marché financier mondial.”

Je le dis solennellement, ce G20 de Cannes doit être celui de la dernière chance pour éviter l’entrée dans un “scénario tragique”, même si le bilan des précédents G20, et l’idéologie qui l’anime, ne me permettent pas d’être très optimiste sur ce point.

A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Il est essentiel que les nations les plus influentes du monde décident ensemble de façonner un nouveau monde, de nouvelles règles du jeu qui permettront de sortir enfin du marasme actuel et dessiner un avenir meilleur, un véritable avenir pour nos peuples. Cet avenir meilleur passera notamment par de nouvelles règles du commerce international, où l’OMC et son libre-échange dogmatique ne feront plus la loi, par l’instauration d’une nouvelle monnaie internationale de référence à la place du Dollar et par le contrôle strict du système bancaire mondial.

C’est une exigence morale pour les chefs d’Etats mondiaux, une exigence qui devrait imprégner toute leur action au G20.

En qualité de candidate à la présidence de la République française, je me considère politiquement sur la même ligne que tous les acteurs internationaux qui rechercheront cette concorde mondiale tout en préservant les intérêts nationaux.
Aussi, dans le cadre d’une vision stratégique globale à moyen et long termes, je lance un appel aux dirigeants politiques présents aux G20 : tournez le dos au modèle destructeur de l’économie réelle et mettez en place ensemble un nouveau modèle socio-économique sans crises, un modèle qui garantisse la paix entre les nations et les peuples, un modèle qui se fera dans l’intérêt de ces vrais gens que j’évoquais tout à l’heure.

A ce titre, je propose 3 solutions essentielles pour stopper la crise systémique mondiale actuelle et orienter le monde vers une plus grande justice et une plus grande prospérité :

• La réintroduction d’un « étalon polymétallique » dans le Système Monétaire International comme étalon mondial de référence et d’échanges afin d’établir un « ordre monétaire libre » : cet étalon chassera toute possibilité de spéculation, et obligera l’économie financière à rester connectée avec l’économie réelle, celle qui fait tourner nos entreprises, crée des richesses, de l’innovation et de l’emploi. Halte à la spéculation monétaire, halte aux bulles financières qui emportent tout quand elles explosent, qui ruinent nos ouvriers, nos employés, nos salariés et nos retraités, qui créent des millions de chômeurs !

• La ratification de la « Charte de la Havane » (suspendue en 1951 par les Etats-Unis) modernisée par les nations signataires de 1948 et les nouveaux pays émergents entrants, pour un protectionnisme raisonné qui privilégie une coopération dans les échanges commerciaux entre nations par la fin du « libre-échange sauvage » (celui que prône l’OMC) . Une Organisation Internationale du Commerce fondée sur les principes sains de protection, d’intérêt des peuples et de soutien aux PME, aux petits face aux gros et aux cartels, doit prendre le relais d’une OMC à bout de souffle, à laquelle l’Union européenne se soumet d’ailleurs comme aucune autre zone du monde.

• L’application de la loi du «Glass Steagall Act », pour reprendre le nom de la célèbre loi américaine, au système bancaire de chaque nation. Au moment où la crise devient systémique, en Europe et dans le monde, il est d’une urgence absolue de rétablir par la loi la séparation entre les banques de dépôt qui servent l’économie et les ménages, d’une part, et les banques d’affaires, d’autre part. Les comptes des épargnants doivent être garantis, et protégés de l’ambiance sulfureuse des salles de marché, mais il n’y a pas de raison de continuer sans cesse à renflouer, avec l’argent de l’économie réelle et des contribuables, les banques qui ne produisent rien d’autre que des bulles spéculatives.

Ces solutions, qui font partie du projet que la France portera haut et fort dans le monde si je suis élue à sa tête en 2012, seront de nature à soutenir globalement :

– L’emploi : L’intégration du « plein emploi » est dans les objectifs principaux de la Charte de la Havane que je vous ai citée, que j’ai déjà mentionnée en France dans une conférence de presse en juin 2011, et que je vous incite à lire attentivement. C’est l’absence de protectionnisme, c’est la concurrence déloyale qu’on laisse prospérer, qui causent les pertes d’emplois. Et mon pays la France, le continent dont je viens, le savent peut-être mieux que n’importe quel autre pays du monde, parce que chez moi, chez nous, les principes fous de l’OMC et du libre-échange total sont appliqués avec une brutalité et un dogmatisme inouïs. La Charte de La Havane concilie le commerce international et l’emploi ; son article 1,qui en fixe l’objet, est particulièrement clair : « Atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement ». L’OMC actuel n’a jamais eu comme objectif le plein emploi !

– Soutien aussi à l’industrie : l’autorisation des aides de l’État pour soutenir son industrie est un principe qui doit être légal, et non illégal comme aujourd’hui. L’article 13 de la Charte de la Havane indique que« les États membres reconnaissent que, pour faciliter l’établissement, le développement ou la reconstruction de certaines branches d’activité industrielle ou agricole, il peut être nécessaire de faire appel à une aide spéciale de l’État et que, dans certaines circonstances, l’octroi de cette aide sous la forme de mesures de protection est justifié. ». Encore une fois, mon pays et le continent d’où je viens, l’Europe, sont frappés par un dogmatisme terrible sur ce sujet, qui nous a déjà obligés à laisser mourir des pans entiers de notre industrie, comme le textile par exemple et demain l’automobile. Il faut changer ces règles absurdes dans le sens que j’ai défini.

Contrairement à une idée reçue, des mesures protectionnistes respectant scrupuleusement la Charte de La Havane, ne sont pas synonymes de relations conflictuelles entre Etats, bien au contraire. On voit bien que c’est la loi de la jungle actuelle qui réveille les tensions entre les peuples : la zone euro en sait quelque chose, où les dirigeants s’envoient les uns aux autres des noms d’oiseaux, parce que leur système est devenu fou.

Ni non plus créatrices d’une dynamique de repli du commerce international, aboutissant peu à peu à des formes d’autarcie. Ce n’est là que propagande destinée à protéger les intérêts des puissances d’argent qui n’ont intérêt à aucun changement de fond. Le contenu de la Charte de La Havane a été élaboré dans un esprit pacificateur (juste au sortir de la 2ème guerre mondiale) et montre même que le protectionnisme fonctionne justement pleinement quand il est universel.

Ce qu’il y a de radicalement nouveau dans la Charte de La Havane par rapport à la situation actuelle (celle de l’OMC), c’est la recherche permanente de l’équilibre de la balance des paiements (pas d’excédent, pas de déficit) comme principe général. La zone euro, en crise terrible aujourd’hui comme vous le savez, aurait été bien inspirée de se fixer cette règle. Les règles de ce nouveau commerce mondial, respectueux de l’intérêt des peuples et des bonnes relations entre les nations, sont remarquables d’humanisme et répondent, peut-être même sans le savoir, à une recherche d’optimisation écologique, de prise en compte du risque environnemental et de concorde mondiale !

Le pouvoir de la Charte de la Havane reste encore intact de nos jours, même si celle-ci nécessite bien sûr une modernisation, par l’intégration franche et explicite de la dimension écologique et environnementale notamment, visant à contrer tous les dumpings et à faire progresser notre planète vers un mieux-être.

La crise systémique mondiale est un drame, mais doit être analysée par des responsables politiques dignes de ce nom comme une occasion historique de briser le tabou du protectionnisme, de rétablir un « ordre monétaire libre » et de réguler vraiment le système bancaire.

Une fois ces solides fondations posées, celles qui permettront vraiment de changer les règles du jeu économique et financier mondial, un cercle vertueux s’ouvrira : les paradis fiscaux n’auront plus de raison d’exister, alors qu’ils prospèrent aujourd’hui, les bonus extravagants des traders s’évanouiront en même temps que les bulles spéculatives. Chaque nation sera libre de fixer des règles allant en ce sens plus vite, comme je compte le faire pour la France si je suis élue à la présidence de la République. Mais ces nations sauront qu’au niveau international les règles ont profondément changé.

Je vous remercie.

Marine Le Pen, Présidente du Front National, au National Press Club de Washington
3 novembre 2011