Communiqué de Louis Aliot, député des Pyrénées-Orientales

Le groupe italien Fincantieri est en passe de prendre le contrôle des Chantiers de l’Atlantique avec la bénédiction de l’Etat. Actuellement, le projet est soumis à un « examen approfondi » par les autorités européennes de la concurrence. C’est la dernière étape avant l’entrée en vigueur des accords entre la France et l’Italie. Dans ce cadre, l’Etat, qui a depuis plus de deux ans repris les parts anciennement détenues par le groupe sud-coréen STX, devrait vendre 50% du capital des chantiers nazairiens à Fincantieri, et lui prêter 1% afin de lui permettre de détenir le contrôle opérationnel de l’entreprise. Il faut arrêter le processus qui ne se justifie plus du tout. En effet, jamais les Chantiers de l’Atlantique n’ont eu de carnet de commandes aussi rempli, s’étendant jusqu’en 2029 ! La perte de gouvernance française aura des conséquences néfastes sur l’emploi direct et indirect, diminuant notre souveraineté et notre gouvernance. Notons aussi que le groupe Fincantieri travaille directement avec la Chine. Le précédent Alstom n’a-t-il donc pas servi de leçon ?

Fincantieri continue parallèlement de travailler avec Naval Group sur le second volet du rapprochement de la navale franco-italienne, cette fois dans le domaine militaire. C’est le projet Poséidon, qui a fait l’objet de la signature d’un accord entre les deux industriels en juin dernier et doit voir la naissance prochaine d’une société commune. Alors que sur le plan commercial cela n’a pas entrainé de « cessez-le-feu » entre Fincantieri et Naval Group, qui se livrent toujours une bataille féroce sur le marché export, ce projet de rapprochement, considéré comme stratégique par Hervé Guillou, le patron de Naval Group, ne fait toujours pas l’unanimité dans l’Hexagone. On trouve des réticences un peu partout, que ce soit au niveau étatique, chez l’actionnaire industriel de référence de Naval Group, Thales (qui a beaucoup à perdre dans l’opération) mais aussi en interne et chez les grands partenaires de l’industriel français.

Les Chantiers sont dans une forme éblouissante avec un carnet de commandes allant au-delà de la décennie : ils peuvent donc vivre sereinement sans actionnaire étranger. Fincantieri a reçu un cadeau de la France qui l’a autorisé à absorber un important concurrent en Europe, plus doué que lui (par le bureau d’études) et mieux doté (par les infrastructures). Rien ne justifiait l’opération à part la volonté idéologique de « faire l’Union européenne » … en défaisant la France. Outre une nationalisation provisoire nécessaire pour prendre le temps de la réflexion, des acteurs pourraient se mettre sur les rangs : Naval Group et des petits chantiers de la région (OCCA, CNM). Il est temps pour la France d’arrêter de céder les entreprises stratégiques qui fonctionnent.