Un gel des exportations de grumes ? L’idée ne vient malheureusement pas de France, mais bien de Russie. Le premier fournisseur de bois de l’Empire du Milieu a en effet décidé de prendre le taureau par les cornes pour préserver son patrimoine naturel et son économie de la fringale chinoise pour le bois importé (114 millions de mètres cubes en 2019).

Du reste, la France figure en bonne place dans ce véritable marché de dupes. Il consiste à mettre nos forêts en coupe réglée d’une main tout en inondant de l’autre notre marché en produits transformés, à l’instar des meubles en bois, dont la Chine est le premier exportateur mondial.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les importations de bois français par la Chine ont été multipliées par sept entre 2007 et 2019. De quoi prendre à la gorge nos scieries, qui doivent également faire face à une demande américaine accrue, depuis que l’ancien président des États-Unis a pris ses distances avec le Canada.

Non contente d’assister l’arme au pied au dépeçage de nos forêts, la Commission européenne prétend également corseter le secteur tout entier dans des contraintes environnementales draconiennes.

Arc-boutée sur son objectif de 55 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, elle a ainsi élaboré une stratégie forestière, qui aura fuité fin juin, poussant le ministre de l’Agriculture à monter au créneau. Dans une lettre adressée au vice-président de la Commission Frans Timmermans et signée par certains de ses homologues européens, Julien Denormandie feignait ainsi de s’étonner d’une initiative outrepassant par ailleurs les compétences de l’Union et faisant surtout peu de cas de l’industrie du bois.

Le contraire aurait été surprenant, Bruxelles n’ayant jamais brillé par ses égards pour les intérêts industriels nationaux. Cette filière, qui représente un important vivier d’emplois en France (celle-ci emploie environ 400 000 personnes sur notre territoire.), devrait pourtant être l’alliée et non la victime, d’une stratégie de gestion durable de nos forêts – laquelle implique nécessairement une dose raisonnée de « protectionnisme ». Un gros mot pour les soi-disant élites françaises. Pourtant, les mesures protectionnistes sont mondialement la norme à l’image de l’ensemble des pays qui pratique cette politique pour préserver leur patrimoine naturel ainsi que leur filière bois dont la survie en dépend. La France est la seule à s’enfermer dans un jusqu’au-boutisme libre-échangiste qui a des conséquences dramatiques.

L’urgence est bel et bien là : quand des emplois sont menacés en France, l’État doit réagir en défendant les intérêts des Français. Sinon, à quoi sert-il ?