Monsieur le Ministre,

En réaction à la volonté de votre gouvernement de dissoudre le mouvement Génération identitaire, j’ai relayé sur ma page Facebook un communiqué du Rassemblement National s’inquiétant d’une atteinte aux libertés fondamentales que cette dissolution représente à nos yeux. Quelques jours plus tard, Facebook m’a signifié, de même qu’à plusieurs responsables politiques et militants, la dé-publication imminente de ma page pour des « infractions répétées aux standards de la communauté ».

Lors de la suspension du compte Twitter de Donald Trump, alors président américain, vous vous étiez à juste titre inquiété de la régulation du débat démocratique par des plateformes privées, lesquelles sont devenues de fait par leur nombre élevé d’utilisateurs de « véritables espaces publics », sans qu’il n’existe de possibilité sérieuse de recours contradictoire, sur la simple base des conditions générales d’utilisation qu’elles ont elles-mêmes édictées. Cette fois, comme nous le craignions, cette censure politique arrive bel et bien en France.

Les élections régionales et départementales auront lieu dans quelques semaines, l’élection présidentielle de 2022 dans quelques mois. Le contexte sanitaire et les règles qui en découlent empêchent l’ensemble de nos mouvements politiques de mener des campagnes traditionnelles, faites de réunions publiques, d’échanges et de convivialité que l’on pensait autrefois indissociables des périodes électorales. Les réseaux sociaux ont donc acquis à cette occasion une importance déterminante parmi les outils dont nous disposons pour nous adresser à nos compatriotes.

Il n’est pas tolérable que, sur notre territoire, ces plateformes privées étrangères se retrouvent de facto arbitres du débat démocratique français et puissent décider unilatéralement, en dehors de tout cadre et de toute décision judiciaires, de supprimer des publications voire de « débrancher » à leur guise tel ou tel candidat.

Depuis 2017, votre majorité n’a eu de cesse d’aller dans le sens de davantage de restrictions de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, prenant même docilement les devants des velléités de l’Union européenne en la matière. C’est en partie en raison de ces dérives liberticides de votre gouvernement que ces plateformes se sentent légitimées à censurer massivement et préalablement les Français, avec la froideur des algorithmes et dans le mutisme total du président de Facebook France, M. Laurent Solly.

Le refus obstiné de votre majorité de laisser respirer notre démocratie, par le référendum ou par l’instauration de la proportionnelle, pourtant une des promesses de campagne de l’actuel président de la République, étouffe le débat public. C’est une nouvelle soupape de sécurité démocratique qui disparaît peu à peu avec ce verrouillage idéologique progressif des réseaux sociaux.

Quoi que l’on puisse penser des idées que défend le Rassemblement National, cette menace qui pèse désormais en permanence sur chacune de nos prises de position devrait scandaliser tous les défenseurs sincères de la démocratie. La résistance à la tentative de coup d’Etat des GAFA devrait faire l’unanimité au sein de la classe politique française.

Nous vous appelons à prendre de toute urgence des mesures pour défendre le libre débat aujourd’hui gravement compromis en France, à l’approche d’élections qui engagent l’avenir de notre pays. L’Etat français doit rappeler à ces plateformes privées la juste place qui leur est dévolue et contenir l’avènement de l’effrayante ère post-démocratique qu’elles sont en train de bâtir sous nos yeux.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Jordan Bardella
Député français au Parlement européen
Vice-président du Rassemblement National