Le membre bosniaque de la présidence tripartite de Bosnie-Herzégovine aura décidément été celui par qui le scandale arrive.

Après s’être, au Pakistan, fait l’écho complaisant de l’aigreur contre la France à la faveur de l’affaire Charlie Hebdo,Šefik Džaferovićse répandait dernièrement en louanges sur la Turquie, « vitale » pour la stabilité des Balkans.

L’Union européenne, qui aura alloué au petit État balkanique 1,19 milliard d’euros au titre de sa « préadhésion », outre le paquet de relance contre la COVID-19 ou encore les 89 millions d’euros destinés à la crise des migrants,devra convenir que les Bosniaques n’ont décidément pas la reconnaissance du ventre.

Reste que l’influence grandissante de la Turquie dans les Balkans relève du secret de Polichinelle. Elle est particulièrement flagrante dans les trois entités majoritairement musulmanes, dont la Bosnie-Herzégovine fait partie, exception faite de l’inébranlable République serbe de Bosnie.

Veut-on un exemple ?A la faveur des élections législatives de février au Kosovo, le Président Erdogan aurait publiquement déploré la décision de l’ancienne province serbe – aujourd’hui très majoritairement albanaise et musulmane- d’ouvrir une représentation diplomatique à Jérusalem, en cohérence avec l’accord serbo-kosovar conclu sous l’égide de Donald Trump. Une menace voilée selon certains, d’user de l’influence turque pour entraver la formation d’une coalition gouvernementale. Avéré ou non, le coup de semonce aura fait mouche. Dès le premier mars, le leader du parti vainqueur Albin Kurtise précipitait ainsi chez l’ambassadeur turc pour apaiser les esprits…

La mainmise culturelle et religieuse de la Turquie est plus manifeste encore. En témoigne la gigantesque mosquée Namazgâh de Tirana, financée par une organisation liée au directoire turc des affaires religieuses. Ou encore le projet de manuels d’Histoire communs avec l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine, pour sa partie musulmane vraisemblablement. En toile de fond, on s’en doute, une réécriture de l’Histoire à la sauce néo-ottomane. Comble de l’ironie, à l’heure où l’Occident est lui prié de battre sa coulpe coloniale…

Qu’Ankara cherche à tisser sa toile dans une région qui fut jadis sa chasse gardée n’est en soi pas étonnant. Le déni embarrassé de l’Union européenne surprend davantage. D’autant que, pour nos concitoyens, cette nouvelle donne aura une conséquence concrète : alors que Bruxelles s’enferre dans le processus d’élargissement aux Balkans, celui-ci, s’il a lieu, introduira en son sein autant de chevaux de Troie d’Ankara. Un préalable, peut-être, à une inévitable adhésion turque ?