Communiqué de Gilles Lebreton

 

La réunion de la commission de l’Agriculture du Parlement européen, dont je suis membre, a traité le 26 octobre de sujets techniques comme la contribution financière de l’UE à la confection de statistiques agricoles nationales, ou l’impact de la Politique agricole commune (PAC) sur les émissions de gaz à effet de serre. Elle a aussi abordé des sujets plus politiques comme l’aide spécifique à apporter à l’agriculture de l’outre-mer, ou la lutte contre la captation par des « oligarques » des fonds de la PAC.

Les débats étaient sérieux et argumentés, parfois passionnés. Et puis est venu le dernier thème de discussion : « les femmes en milieu rural : du point de vue universitaire au point de vue des agriculteurs ». Et là, un délire idéologique d’extrême-gauche s’est abattu sur nous.

Une enseignante autrichienne représentait le « point de vue universitaire ». Elle nous a tout de suite mis dans l’ambiance en parlant d’égalité « de genres » plutôt que d’égalité homme-femme, en défendant « l’intersectionnalité » (dernière lubie de l’idéologie woke), et en dénonçant le « patriarcat » occidental ainsi que l’extrême-droite (?), accusée sans aucune explication de favoriser l’oppression des femmes dans nos campagnes.

Mais ce n’était qu’un hors d’œuvre : une agricultrice française, par ailleurs « autrice » de bandes dessinées, nous a asséné le plat de résistance en accusant les agriculteurs d’agresser et même de violer des femmes avec la complicité de syndicalistes agricoles ! À l’en croire, une violence « de genre » généralisée, digne de l’état de nature anarchique décrit par Thomas Hobbes dans son œuvre, se serait emparée de la ruralité française. Les solutions qu’elle a préconisées étaient à la hauteur de ce diagnostic farfelu : « établir un temps de parole genré » (c’est-à-dire chronométré séparément pour les hommes et pour les femmes) dans les réunions « mixtes », favoriser les réunions et les « chantiers non mixtes » (comprendre : interdits aux hommes), et recourir à « l’écriture inclusive » (sans qu’on aperçoive très bien le rapport avec l’agriculture).

J’avoue être parti à ce moment-là, ayant mieux à faire qu’à perdre mon temps à écouter un tel délire. J’ai toutefois eu le temps d’entendre une eurodéputée signaler, à juste titre, que le vrai sujet aurait plutôt consisté à réfléchir à l’élaboration d’un statut juridique pour les épouses d’agriculteurs travaillant dans leur ferme.

Il peut sembler étonnant que la commission de l’Agriculture, d’ordinaire plus sérieuse, se soit prêtée à une telle farce. C’est hélas une preuve supplémentaire que les idéologies d’extrême-gauche les plus farfelues comme les plus dangereuses (l’immigrationnisme) se sont emparées de la majorité du Parlement européen.

Pour les partisans de l’Europe des nations, tout sera donc à reconstruire, à l’exemple d’Hercule face aux écuries d’Augias !