La décision prise par les autorités russes de placer sous administration temporaire les filiales et actifs en Russie de plusieurs entreprises françaises et européennes constitue un acte hostile à l’encontre des intérêts de la France et des Nations d’Europe. Cette décision, qui porte directement atteinte aux intérêts et aux droits de nos entreprises, doit être condamnée fermement.
Par ailleurs, depuis plusieurs semaines, les actes d’hostilité commis en Europe par des agents opérant pour le compte de la Russie se sont multipliés et aggravés.
À l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, un drone chargé d’explosifs a pris pour cible des appareils de transport ukrainiens. L’enquête a permis de rattacher les auteurs de cette opération aux services de renseignement russes. La France n’est pas épargnée par ces actions, qui visent notamment nos intérêts économiques et des entreprises de notre industrie de défense.
Parallèlement, ces derniers jours, les plus hautes autorités de plusieurs pays européens, notamment celles de la Pologne, ont mis en garde contre un risque d’escalade des opérations visant les États soutenant l’Ukraine. Cette dégradation de la situation sécuritaire a été confirmée par nos services de renseignement aux formations politiques françaises à l’occasion de la réunion des chefs de partis qui s’est tenue à l’Elysée ce 18 septembre autour du Président de la République et des services de l’Etat.
Ces faits doivent être considérés avec le plus grand sérieux. Si nul ne peut aujourd’hui prédire, ni exclure à plus ou moins long terme, la survenue d’opérations d’une intensité supérieure, la menace à laquelle nous sommes actuellement confrontés relève principalement d’actions hybrides et de campagnes ayant pour cible nos sociétés et nos opinions publiques.
Il s’agit, pour des commanditaires liés au renseignement russe, qui recourent notamment à des agents dits « jetables » de diverses nationalités pour conduire leurs opérations, de chercher à faire apparaître le soutien à l’Ukraine comme la cause de l’escalade qu’ils orchestrent eux-mêmes.
Cette situation, d’une particulière gravité, nécessite de réaffirmer avec la plus grande clarté notre position.
Le questionnement des orientations diplomatiques et stratégiques de la France a légitimement toute sa place dans le débat démocratique, a fortiori dans le cadre d’une élection présidentielle. Il doit pouvoir porter, notamment, sur le niveau du soutien financier accordé à l’Ukraine et sur les conditions de ce soutien, comme sur l’insuffisance des initiatives visant à rechercher des formats d’échange diplomatique susceptibles de contribuer à une issue au conflit.
Ces débats sont légitimes. Les pressions étrangères ne le sont pas.
Nous ne tolérerons jamais qu’une puissance étrangère, en l’occurrence la Russie, puisse espérer dicter directement ou indirectement la politique de notre pays par l’intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique.
Aucune provocation, aucune opération clandestine et aucune action de déstabilisation ne sauraient conduire la France à faciliter l’obtention par la Russie de ses buts de guerre en Ukraine. La politique étrangère de la France se décide à Paris, souverainement, en fonction des seuls intérêts de la Nation. Elle ne saurait être déterminée à Moscou, pas davantage que dans aucune autre capitale étrangère.
La France ne saurait, de plus, laisser impunie toute action hostile entreprise sur son territoire, contre ses infrastructures, ses intérêts stratégiques ou son peuple. Toute opération de cette nature doit faire l’objet d’une réponse proportionnée, dans le respect de notre droit, de nos intérêts nationaux et de nos engagements internationaux.
Dans ces circonstances, nous soutenons l’ensemble des mesures nécessaires au renforcement de la sécurité de nos infrastructures stratégiques, de nos installations sensibles et des entreprises participant directement à notre défense nationale. La protection du territoire, de nos capacités industrielles et technologiques et de nos concitoyens constitue une responsabilité première de l’État.
De même, nous réaffirmons notre plus vive solidarité à l’égard des pays européens alliés qui ont fait l’objet d’actes hostiles ou de campagnes de déstabilisation.
La fermeté face aux actions hostiles et la recherche d’une issue diplomatique à la guerre ne sont pas contradictoires. Elles procèdent d’une même exigence : préserver la sécurité des Français, défendre la souveraineté de notre pays et empêcher que l’Europe ne soit entraînée dans une escalade incontrôlée.
Dans cette période de tensions, notre responsabilité est de ne céder ni à l’intimidation, ni à la surenchère. La France doit demeurer maîtresse de ses décisions, assurer la protection de son territoire et de ses intérêts, tenir ses engagements et conserver toute sa liberté d’initiative diplomatique.
C’est une exigence de souveraineté. C’est aussi une condition de la sécurité et de l’indépendance nationales.
Marine Le Pen
Jordan Bardella