Alors que la Chambre régionale des comptes vient de rendre un rapport accablant révélant une situation financière critique marquée par une dette abyssale d’un milliard d’euros, l’exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) étale au grand jour son incapacité à gérer les fonds publics. Atteignant 94 % des recettes de la collectivité et un délai de paiement moyen de 131 jours pour les fournisseurs, les entreprises et les prestations sociales — pour une tolérance légale fixée à un mois —, la CTM est, en réalité, en faillite.
Dans ce contexte où l’endettement ne pourra être apuré avant 20 ans par l’effort de tous les contribuables Martiniquais et où les créanciers se tournent massivement vers le préfet pour obtenir des mandatements d'office, la prétention de certains élus à porter des vœux d'autonomie institutionnelle relève du déni de réalité. Comment prétendre gérer les affaires du territoire de manière souveraine quand sa propre administration se montre incapable d'assurer une gestion rigoureuse, transparente et pérenne de son budget de base ? Comment réclamer encore plus de responsabilités à l’État quand on est responsable direct, par incompétence, d’une situation qui amène à la ruine le tissu économique du territoire dont on a la charge ?
Le rapport de la CRC pointe sans ambiguïté une organisation déficiente, un recours systématique à l'emprunt et des dépenses pour le moins surprenantes en période de crise, comme une explosion de 192 % par an des frais de mission et de déplacements. Si l'exécutif de la CTM brandit l'argument de la baisse des dotations de l'État et le recul du marché immobilier, il occulte sa propre responsabilité dans le financement quasi autonome de dix-neuf satellites — dont la crise de Martinique Transport est l'illustration parfaite —, ainsi que l'absence de mise en œuvre des recommandations formulées lors des rapports précédents de la Chambre régionale des comptes.
Alors qu'un plan de redressement est attendu pour la plénière du 24 septembre avec de nouvelles hausses de la fiscalité, chacun comprendra que l'heure n'est plus aux grands discours déconnectés du réel. Une collectivité incapable de maîtriser ses dépenses de fonctionnement, de régler ses factures ou d'éviter le report de sa dette sur les générations futures n'est manifestement pas en mesure de revendiquer une quelconque autonomie institutionnelle. La crédibilité politique commence par le respect de l'argent du contribuable.