Tribune de Jean-Paul Garraud, Député français au Parlement européen, membre de la commission des libertés civiles

Exercées « au nom du peuple français », les fonctions de justice ne sont pas des tribunes partisanes dont les titulaires pourraient se livrer à toutes les torsions de la règle de droit et au dévoiement des procédures pour afficher ouvertement leur militantisme et faire servir leurs décisions à des combats étrangers aux causes qui leur sont soumises.

C’est là une essentielle question de légitimité pour le magistrat, autorité non élective dont la plus ferme assise est la confiance que les citoyens peuvent avoir dans son impartialité. Tout comportement qui peut altérer cette confiance est ravageur, a fortiori à une époque où le moindre débordement peut se voir considérablement amplifié par les médias et réseaux sociaux.

En s’en tenant au seul terrain du commentaire juridique, se fonder sur l’ « état de nécessité », lequel suppose une pression majeure imposée par les circonstances sur la volonté individuelle, telle qu’elle est pratiquement irrésistible et insurmontable, pour exonérer des personnes poursuivies pour un vol de bien public commis en réunion, au motif que l’ « urgence climatique » et le salut de la planète, face à l’incurie alléguée des pouvoirs publics, ne leur laissait, en somme, pas d’autre choix que d’enfreindre la loi pénale, est une complète absurdité juridique.

On reconnait bien la philosophie du Syndicat de la magistrature qu’exprimait sa formule emblématique : « juger est un acte politique ».

Il est vrai que l’exemple vient de haut : quand un Conseil constitutionnel s’autorise du pouvoir à peu près absolu que la complaisance ou la naïveté des pouvoirs publics lui ont consenti, au fil d’abdications successives, à inventer un principe fondamental de « fraternité » pour faire échapper aux rigueurs de la loi ceux qui l’ont délibérément violée pour faciliter des entrées et maintiens irréguliers sur le territoire français, ouvrant ainsi la porte à toutes les revendications et dérives sur ce fondement, il ne peut qu’encourager les juridictions à faire preuve de la même « créativité » militante, au gré de l’opportunité de la cause…

Comment, dès lors, s’étonner que, face à des juges qui se comportent en politiques –seraient-ils marginaux au sein du corps-, il se trouve des politiques pour traiter leurs juges, d’éructations en gesticulations, comme des adversaires politiques ?!…

S’i y a bien une « urgence », donc, dans le corps judiciaire, elle est moins « climatique » que déontologique.