Tribune de Jean-Paul Garraud, Député français au Parlement européen, Président de l’Association Professionnelle des Magistrats

Il étouffait sans doute de rage sous son masque, jeudi soir, sur France 2, M. DUPOND-MORETTI, qui a, sèchement reproché aux organisateurs de l’émission, qui recevaient le Premier ministre, d’avoir introduit un débat sur l’insécurité avec le témoignage poignant des parents du jeune Adrien PEREZ, tué en juillet 2018 près de Grenoble. Comme si la télévision publique devait être à sa botte ! Il a, d’ailleurs, été prestement remis en place par les intéressés, qui ont expliqué et justifié leur libre choix.

Insupportable, manifestement, pour celui qui est pourtant le ministre de la Justice, qu’on puisse donner la parole à une mère en larmes et à un père en révolte, car a-t-il le cynisme d’expliquer, après cela, on ne peut plus s’exprimer sur ces sujets avec « nuance »…

Eh, oui, Monsieur le Ministre, c’est très dérangeant, la parole d’une victime qui réclame justice ! Ce n’est pas « nuancé » du tout, parce que le malheur, lui, n’est pas « nuancé » ! Ah, comme ce serait confortable pour vous de faire votre numéro à l’écran, comme vous l’avez fait au théâtre, sans contradicteur, avec toutes les « ficelles » du métier d’avocat et de la communication politique : mais, pas de chance, on vous a coupé vos effets de manche ! Vous êtes très frustré et n’arrivez même pas à cacher votre dépit.

Et d’autant plus qu’avec M CASTEX, vous pensiez pouvoir ronronner tranquillement d’autosatisfaction, en lâchant le petit « scoop » d’une augmentation de 8% du budget de la justice : mais que pèse cette approche de comptable, face à des gens qui, eux, comme tant de nos compatriotes exaspérés par la violence, réclament simplement 100% de vraie justice ?! De celle qui est capable de réellement faire peur aux malfaiteurs et de les mettre hors d’état de nuire aussi longtemps qu’ils le méritent. De telles vantardises technocratiques, en regard, n’apparaissent pas seulement comme dérisoires : elles sont indécentes.

M. CASTEX, avec de mâles accents, prétend lutter contre l’insécurité : mais le soutien public qu’il apporte à un garde des Sceaux pour qui l’insécurité n’est qu’un « fantasme » et qui refuse le terme même d’ « ensauvagement » de notre société, est l’éclatant démenti des intentions affichées, qui les ramènent à ce qu’elles sont d’évidence : de simples postures de communication, de la gesticulation verbale : comment être crédible sur ce terrain quand on confie la lutte contre l’insécurité à quelqu’un qui n’y croit pas, qui voudrait se boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris des victimes, et qui, dans la ligne de tout son parcours et de tous ses propos, se préoccupe plus de faire la guerre… aux magistrats, plutôt qu’aux criminels ?!