Tribune de Jérôme Rivière et Thierry Mariani, Députés européens du Groupe Identité & Démocratie

 

La série Baron noir l’avait mis en scène, mais le Président français donne corps aux imaginations les plus débordantes des scénaristes de la brillante série politique française : le partage du siège de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU apparait comme une fin logique à la marche en avant des textes votés à Bruxelles. La chimère de la souveraineté européenne, malgré l’échec total des institutions de Bruxelles à gérer la crise du Coronavirus, ne semble pas avoir quitté l’esprit des macronistes présents à Bruxelles, et de leurs amis et alliés des Républicains.

Le Parlement européen, par le biais de la commission des Affaires étrangères, vient de présenter un rapport sur la 76e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, au sein de laquelle il entend faire de l’Union européenne un acteur à part entière.

Le rapport, rédigé par une élue socialiste, a été voté par les députés européens du PPE (au sein duquel siègent les élus LR français), de Renew Europe (dont sont membres les macronistes, emmenés par l’ex-ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau), des Verts, et du groupe Left (auquel est rattachée la France Insoumise).

Ce rapport entend donner à l’Union européenne un rôle essentiel dans les relations internationales, en tant qu’« acteur global ». À Bruxelles, ces mots ont un sens : il s’agit en fait ici de conférer à l’Union européenne une fonction d’acteur exclusif. En conséquence de quoi, les diplomaties nationales des pays membres doivent, à terme, baisser pavillon devant des représentants non élus, acquis à la cause atlantiste, et ne représentant aucunement les peuples européens, aux intérêts diplomatiques pourtant parfois opposés. Les promoteurs du rapport entendent en effet confier à l’Union européenne en tant que telle un siège de membre permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

Une fois de plus, lorsqu’il est question, de son propre aveu, de déconstruire ce qu’est notre pays, Emmanuel Macron et ses relais au sein du Parlement européen font part d’un activisme pour le moins étonnant tout en s’entendant parfaitement pour accélérer l’écroulement des murs porteurs de la France.

Avec le Brexit permettant à la Grande-Bretagne de conserver désormais toutes ses prérogatives en termes d’autonomie diplomatique et de souveraineté, c’est par conséquent le siège de membre permanent de la France, doté de surcroît du droit de veto, qui est dans le viseur de Bruxelles.

Emmanuel Macron a déjà fait, si l’on peut dire, la moitié du travail dans ce sens : par le traité d’Aix-la-Chapelle, la France s’est liée depuis 2019, en termes de choix internationaux, au seul bon vouloir de l’Allemagne. Pour reprendre les termes de Margareth Thatcher, « l’Allemagne a désormais obtenu en temps de paix ce qu’elle n’avait pu imposer par la guerre ».