Tribune de Dominique Bilde, député français au Parlement européen

Il s’est senti « humilié ». Du fond de sa cellule sarde d’Oristano, le condamné pour assassinat n’a pas digéré l’accueil qui lui était réservé sur le tarmac de Rome, sous le crépitement des appareils photo et l’œil implacable d’un Salvini triomphant. « J’ai changé ! » gémit-il : stupéfiant aveu de culpabilité de celui qui pendant trente-sept années de cavale a clamé son innocence au nez et à la barbe des familles de victimes.

Il est vrai qu’il n’y a pas si longtemps, le gotha de la bien-pensance se pressait encore au chevet de Cesare Battisti, à l’instar d’un François Hollande, alors Premier secrétaire du PS venu « marquer sa désapprobation » en 2004 à la prison de la Santé. Cette solidarité instinctive d’une génération soixante-huitarde devant un Che Guevara transalpin fantasmé n’a sans doute pas manqué de sel pour ce petit brigand du Latium opportunément converti au communisme révolutionnaire. Ses victimes ? Des gens du peuple, tel ce surveillant pénitentiaire abattu d’une balle dans le dos, ce boucher achevé à bout portant sous les yeux de son épouse ou encore ce bijoutier pris dans un guet-apens et dont le fils de quatorze ans, victime d’une balle perdue, restera à jamais cloué dans un fauteuil roulant.

Du reste, Battisti n’est que le visage le plus médiatique d’une hypocrisie française. Soutenus un temps par la « doctrine Mitterrand », ce serait au moins quatorze terroristes italiens qui bénéficieraient encore sous nos tropiques d’une bienveillance coupable. C’est par exemple pour des « raisons humanitaires » que la France, aiguillonnée par Carla Bruni, refusera in extremis l’extradition de Marina Petrella en 2008. Cette humanité, les Brigades rouges en auront pourtant manqué à l’égard du leader de la démocratie chrétienne Aldo Moro, dont le corps criblé de balles fut retrouvé le 9 mai 1978 gisant dans un coffre de voiture.

À l’évidence, rien n’a jamais justifié et ne justifiera jamais de soustraire à la justice des condamnés pour crime de sang. Mais en France, le scandale Battisti est le symptôme d’un mal plus profond. C’est en effet la même idéologie gauchiste qui cachait hier à peine son admiration devant des bains de sang commis « pour la cause » et qui absout aujourd’hui l’islamisme radical. Autre coqueluche de l’extrême gauche, le meneur d’Action Directe Jean-Marc Rouillan ne s’était-il pas empressé, aussitôt libéré, d’exalter le « courage » des terroristes du Bataclan ?