Tribune de Thibaut de La Tocnaye, dirigeant-fondateur d’entreprises industrielles et high-tech, directeur de l’Institut de Formation des Elus Locaux, conseiller régional de Provence, membre du Bureau National du RN

On sent bien que les Français en tant que citoyens et travailleurs, usagers ou consommateurs, partenaires sociaux ou acteurs économiques, ne sont plus prêts à accepter les méthodes tyranniques et jusqu’au-boutistes de syndicats tels que la CGT. En pleine phase de redressement économique de la France, à un moment crucial où notre pays a tant besoin de rassembler toutes les énergies, on assiste à des arrêts d’usines, des fermetures d’écoles, des préavis de grève fallacieux à la SNCF ou ailleurs, bref à toutes sortes de blocages visant à faire exister la « lutte syndicale », coûte que coûte. Et ces actes de prise en otage des travailleurs s’additionnent à presque deux mois de grèves interminables dans les transports qui ont mis à genoux une partie de la population française, spécialement d’Ile-de-France, juste avant la crise sanitaire.

Ce n’est plus concevable. D’autant que l’immense majorité de ces centrales syndicales médiatisées profitent « à fond du système ». Appartenant « au système » qui les nantit de subventions et de châteaux (voir l’affaire du refus de prêt de l’un de ceux-ci par la CGT pour héberger les Français revenus de Chine), ils sont « du système » et n’appartiennent pas au monde réel. Ils sont souvent corrompus, en tout cas jamais contrôlés comptablement  et toujours gavés grâce à l’argent, parfois sale, de la formation professionnelle (voir le Rapport Perruchot, longtemps interdit), de la médecine du travail, de la gestion des branches de la sécurité sociale, des différents grands comités d’entreprise et des subventions de l’Etat et des collectivités territoriales par-dessus le marché !

Et si encore, ils dénonçaient les vrais grands problèmes économiques et sociaux !?… Mais jamais on ne les entend sur la politique d’immigration massive qui tirent les salaires vers le bas, sur l’Union Européenne (UE) qui détruit des pans entiers de nos filières, sur les institutions financières (BCE, banques commerciales, fonds d’investissement, assurances…) qui confisquent les fonds propres des PME et des entreprises à taille intermédiaires (ETI), pourtant premières créatrices de richesses et d’emplois…  On ne les entend jamais sur les réelles causes de la désindustrialisation et de la destruction de l’agriculture et de la ruralité… En fait, la vérité, c’est que le monde du travail et le monde des entreprises et des salariés ne les intéressent pas !

Et nos concitoyens ne s’y trompent pas puisque le taux de syndicalisation de la France est  le 27e plus mauvais sur les 27 pays de l’UE, avec un chiffre inférieur à 7 %, la moyenne européenne étant de 24 % avec des pointes dans certains pays à 40 %, 50 % ou même 80 % ! Cette désaffection pour les syndicats est logique mais elle est grave car, bien loin de considérer qu’il faut tenter de « shunter » les syndicats dans le processus socio-économique, je pense qu’il faut au contraire libérer le syndicalisme. En clair, il faut « plus » de syndicats avec beaucoup plus d’adhérents ! Lorsque nous en serons là, il est aisé de comprendre que les syndicats commenceront à défendre l’intérêt général et le réel bien commun économique et social et non plus les seuls intérêts catégoriels, voire corporatistes.

Alors, comment faire ? C’est simple, il faut réussir ce que la Réforme Fillon du 20 Août 2008 devait faire et n’a pas fait : permettre l’apparition de nouveaux syndicats et pourquoi pas valider certains syndicats actuels, mais sur des bases véritablement démocratiques, libres et justes.  De quoi s’agit-il ? En fait, la Réforme Fillon se proposait de réparer une injustice, pour ne pas dire supprimer un « apartheid syndical », qui existait depuis plus de 50 ans, à savoir une représentativité syndicale biaisée et ficelée. C’est ainsi que la loi du 11 février 1950 et l’arrêté du 31 Mars 1966 ont désigné les cinq confédérations CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC comme seules représentatives et obéissant au fameux 5e critère, dit de présomption irréfragable de représentativité. Or, cette représentativité ouvre de nombreux droits et avantages :

  • participation à la gestion des organismes paritaires.
  • subventions diverses.
  • possibilité de signer des accords collectifs à différents niveaux.
  • possibilité de désigner un délégué syndical dans n’importe quelle entreprise.
  • présentation de candidats aux élections de délégués du personnel et des comités d’entreprise dès le 1er tour, indépendamment de l’audience réelle du syndicat.

La loi Fillon s’est alors proposé de supprimer ce « 5e critère » pour le remplacer par un critère dit de l’audience (calculé sur les suffrages obtenus aux élections professionnelles de référence, par exemple les élections prud’homales). Ce qui était au départ une excellente intention ! Mais que s’est-il passé ? Suite à une action malsaine de lobbies, principalement de la CGT et du MEDEF, le seuil minimal d’audience permettant justement d’être déclaré « représentatif » a été fixé à 10 % !… ce qui d’emblée écartait l’apparition de tous nouveaux syndicats. C’est tellement vrai que même les syndicats historiques FO, CFTC et CGC n’ont pas accepté de signer la « Position commune » qui résumait le projet de loi et qui leur avait été présenté, en quelque sort en primeur, par le gouvernement. Ils n’avaient pas tort car aux élections générales professionnelles qui ont suivi, la CFTC a failli passer à la trappe puisqu’elle ne fit qu’à peine plus de 10 % !

En tout état de cause, on voit bien que la Loi Fillon, qui se proposait de libérer le syndicalisme, l’a, au contraire, verrouillé encore plus ! Et nous en sommes toujours là aujourd’hui. Alors c’est simple, le premier gouvernement patriote qui voudra rétablir, dans le sillage de l’élection de Marine Le Pen à la présidence en 2022, un  réel dialogue social et qui souhaitera susciter l’émergence de syndicats authentiquement représentatifs de l’ensemble des salariés, cadres et patrons dans tous les secteurs et dans tous les types d’entreprises, publiques et privées, devra au plus vite et en début de mandat ramener de façon très simple ce seuil minimal d’audience à 3% ou même à 1%. L’objectif est de permettre la création de nouveaux syndicats et également de rétablir la confiance perdue des Françaises et des Français en leurs syndicats en votant pour qui ils souhaitent.

Parallèlement, il faudra en profiter pour rénover, simplifier et moderniser les branches professionnelles – qui sont indirectement une émanation des syndicats de salariés, cadres et patrons – de façon à ce qu’un véritable Etat-stratège décidant enfin d’initier la    ré-industrialisation et le renouveau de l’agriculture (et par la même, la reconquête de la ruralité), dispose d’interlocuteurs valables du monde du travail, de l’entreprise et de l’ensemble des filières !