Tribune de Marine Le Pen 

Nous avons, au cours de ce quinquennat, connu une forme surprenante de parenthèse institutionnelle concernant les questions sociales. Il est vrai qu’Emmanuel Macron accorde peu de considération au dialogue social et aux corps intermédiaires, même envers ceux qui lui sont le plus proches. 

 
Verticalité, autoritarisme, centralisme et arrogance technocratique ont prévalu en l’espèce. Le mouvement des Gilets jaunes de 2018/2019 ou le théâtre d’ombres de la réforme des retraites de 2018/2020 en sont des conséquences éclatantes. Le Grand Débat de 2019, pourtant contournement des corps intermédiaires, a pu un temps donner le change.
 
Si la pandémie a opportunément occulté le débat social, nous sommes aujourd’hui proches d’un point d’ébullition. Il convient donc de changer de méthode, sous peine de devoir affronter de graves déconvenues et de possibles difficultés sociales.
 
Ma vision des relations sociales et du dialogue qui doivent s’instaurer, dans la durée, avec les partenaires sociaux est profondément différente de celle d’Emmanuel Macron.
 
Il faut redonner aux corps intermédiaires la place qui leur revient. Nous vivons un monde incertain, où la sphère collective tend à s’effacer derrière les sphères individuelles et où la déconnexion des élites des problèmes des classes moyennes et populaires s’aggrave. Les corps intermédiaires fournissent à la fois la remontée d’informations qualifiées, ils permettent la canalisation des revendications et la formulation de solutions pragmatiques.
 
Un programme de reconstruction sociale doit être mis en œuvre selon deux axes principaux.
 
Il s’agit d’abord de s’intéresser aux questions du quotidien
 
Aider les jeunes, ce n’est pas leur dire de traverser la rue pour trouver un travail. C’est leur donner les moyens de se loger, de se former, de se déplacer. Aider les travailleurs, c’est leur garantir leur pouvoir d’achat. Penser les retraites, ce n’est pas imposer de travailler plus longtemps. C’est préparer les transitions, s’intéresser aux carrières longues, aux métiers pénibles. Si toute politique sociale implique des chiffres, elle n’est pas que cela. Elle est affaire de considération, de proximité, d’attention, de respect du peuple.
 
La reconstruction sociale, c’est aussi rendre aux acteurs de la vie sociale la liberté que l’État leur a confisquée. Les organisations syndicales et patronales sont aujourd’hui privées de leur capacité à gérer l’assurance-chômage, la formation professionnelle, le logement, l’aide aux personnes handicapées et bientôt les retraites complémentaires.
 
Rendons aux acteurs de la démocratie sociale la liberté de promouvoir, par la négociation, les évolutions nécessaires des institutions qui contribuent au progrès social.
 
Cette liberté retrouvée rendra nécessaires plus de responsabilité et plus de représentativité. Ils pourraient par exemple prendre un rôle plus important dans le respect de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes.
 
 
La question de la représentativité du monde syndical et professionnel n’est pas un problème pour moi mais une solution. Aujourd’hui, 7 % seulement des salariés et des agents publics ont une carte syndicale. Nous gagnerons tous à ce que cette représentativité retrouve des niveaux plus consistants, en particulier au niveau des jeunes générations et des secteurs économiques en pleine expansion. Plus la capacité à apporter des services de qualité aux adhérents sera forte, plus l’attractivité se renforcera et plus les adhérents rejoindront en nombre leurs institutions représentatives. Ceci, bien sûr, appelle une bonne transparence dans le fonctionnement des institutions ainsi qu’une adaptation des dispositifs assurant la liberté syndicale et le pluralisme. La dynamique des accords collectifs de branche ou d’entreprise est à cet égard majeure, en particulier pour les TPE/PME.
 
C’est donc vers plus de paritarisme et moins d’étatisme que nos efforts communs doivent porter.
 
De manière effective, je remettrai en place un véritable Commissariat général du plan, dans l’esprit des Pères fondateurs,en tant que lieu de prospective et de concertation où les partenaires sociaux seront activement associés.
 
Enfin, j’envisage le lancement à l’été 2022, d’une conférence cadre sur les salaires, les retraites, l’emploi et la formation professionnelle, avec l’ensemble des partenaires sociaux.
 
Les questions de répartition de la valeur ajoutée et de cycle de vie professionnelle, dans un contexte de transformations accélérées au niveau mondial (production, échanges et technologies), pourront utilement y être développées. Il s’agira de dégager les orientations générales permettant à chacun de mieux vivre dans la décennie à venir, en inscrivant la France dans une trajectoire de croissance vertueuse, promouvant les grands équilibres nécessaires à une souveraineté de long terme.
 
Il s’agit de renouer avec une solidarité entre classes sociales et entre générations.
 
La démocratie sociale sera ainsi replacée comme il se doit au cœur de la Nation.
 
Marine Le Pen