Tribune de Jean-Paul GARRAUD

Député français au Parlement européen

Président de l’Association professionnelle des magistrats

 

Renforcer la prévention du suicide des détenus : première priorité du nouveau garde des Sceaux !

 

Les suicides dans les prisons sont ce qu’on appelle dans la presse, un « marronnier ». : un sujet qui revient de manière récurrente et sur lequel tout ou presque a déjà été dit et où l’on peut guère que se répéter.

A cet égard, M. Dupond-Moretti n’aura pas fait exception et comme n’importe lequel de ses prédécesseurs, aura, confronté au même « marronnier », procédé au même expédient facile : demander un rapport, qui renverra à quelques mois la redécouverte de l’eau tiède et des mêmes sempiternelles recettes…

Dans ce domaine, en effet, on ne fait pas de miracles ; s’il est de la mission de l’Administration pénitentiaire d’assurer la sécurité de ceux qui lui sont confiés, au besoin contre eux-mêmes, l’expérience a d’innombrables fois démontré qu’on ne peut rien contre une volonté bien arrêtée d’un détenu de quitter la vie : on a connu des suicides à l’intérieur d’une cellule au milieu d’autres détenus, pendant leur sommeil, avec des moyens de fortune dérisoires !

Et toutes les prises en charge psychologiques n’y changeront rien : si elles garantissaient le succès, en prison comme à l’extérieur, cela se saurait !

Au demeurant, c’est aussi une expression de la liberté des individus et il ne faut pas renverser les rôles : si quelqu’un supporte mal l’échec de sa vie, à travers la mise en cause par la justice et la privation de sa liberté, ce n’est pas la faute de la société et elle n’a pas à en être culpabilisée ; là comme ailleurs, on retrouve cette idéologie gauchiste de la culture de l’excuse qui veut faire honte à la société de se défendre contre ceux qui bafouent ses lois.

En réagissant ainsi, comme au quart de tour, l’ancien avocat montre de quel côté sont ses priorités : on eût aimé qu’il se mobilisât, et avec une tout autre force et conviction, face à la recrudescence des violences sur le personnel.

Mais ce n’est pas cette cause, manifestement, qui fait saigner son cœur ou, plus réalistement, la posture médiatique qu’il juge la plus flatteuse pour son image : entre deux chasses au faucon et aux « ayatollahs de l’écologie », il lui fallait d’urgence prendre la pose de l’ « humaniste » à bon compte pour compenser les dégâts dans sa clientèle politique…