Régis de Castelnau : “une justice politique”

Note de lecture de Wallerand de Saint Just

 

Régis de Castelnau est un personnage atypique, il fait partie d’une illustre famille française, il a été pendant longtemps membre du Parti communiste… Surtout, il est avocat, érudit et technicien du droit.

Il publie aux éditions ”L’Artilleur”, un ouvrage intitulé “une justice politique, des années Chirac au système Macron, histoire d’un dévoiement”. J’aime le nom de l’éditeur, il est prédestiné, en effet Régis de Castelnau n’a pas à la main une plume, mais un canon ! J’aime aussi l’utilisation du mot “dévoiement”, car c’est bien cela, l’institution judiciaire française est sortie du chemin, elle n’est plus digne d’utiliser ni le mot institution ni le mot judiciaire.

Et c’est un drame, même si le pouvoir judiciaire n’est pas sur la même marche que le pouvoir exécutif ou le pouvoir législatif, son discrédit a beaucoup plus d’importance et de conséquences dans une société civilisée.

J’ai été, moi-même, avocat pendant 40 ans, j’ai exercé mon métier d’une façon un peu identique à celle de l’auteur et j’ai vu de très près un grand nombre d’ignominies, de quoi remplir un ouvrage presque aussi important que celui-ci… J’en ai conçu, en vérité, de la tristesse, non pas à cause des avanies et des humiliations que j’ai subies (elles étaient bon signe), mais à cause de l’idée que je me suis toujours fait de l’institution judiciaire et des magistrats. J’aurais voulu la révérer, cette institution, j’aurais voulu les révérer, ces juges. Toutefois, quand on les côtoie, la désillusion est douloureuse.

On va trouver au fil de ce livre, de nombreuses anecdotes croustillantes mettant en scène le monde judiciaire et le monde politique. Toutefois cet ouvrage va beaucoup plus loin, il n’est pas l’œuvre d’un quelconque journaliste, mais d’un spécialiste. Régis de Castelnau aborde tous les sujets qu’il égrène, en politique avec un grand P, mais surtout en spécialiste du droit et de ses arcanes.

D’abord, pour Castelnau, les vingt ans qui se sont écoulés entre 1980 et l’année 2000 ont tout changé (on se rappelle que François Mitterrand a été élu en 1981 et que la gauche la moins scrupuleuse a pris alors le pouvoir en France).

L’auteur rappelle avec raison que les années 80 voient la fin des partis de masse et qu’en même temps, les résidus qui subsistent ont de très grands besoins financiers. Il date de ce moment-là la montée en flèche de la corruption et de la complicité de la hiérarchie judiciaire. Cette complicité fera réagir quelques magistrats, qui ne seront pas sans défaut, souvenons-nous du premier, Thierry Jean-Pierre. Dans les années 2005-2015, la justice, écrit Castelnau, s’émancipe en se politisant et le rôle extrêmement néfaste du syndicat de la magistrature est mis en exergue. La hiérarchie judiciaire, sectaire, passe à gauche, elle noue alliance avec un certain nombre de médias tout aussi sectaires et la droite en prend plein la figure.

L’auteur écrit que la finalisation du système a été réalisée par François Hollande pour aboutir parfaitement dans la “chasse au Sarkozy”. Pour l’auteur, Emmanuel Macron, lui, a tout compris, sa gouvernance aboutit à la disparition de la séparation des pouvoirs, les systèmes de contrôle rallient l’exécutif, que ce soient le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, la Cour des comptes et évidemment l’autorité judiciaire. L’auteur reproduit l’interview qu’il a réalisée de Jérôme Sainte-Marie, interview centrée sur le concept de “bloc élitaire”. Deux chapitres sont consacrés à la protection d’Emmanuel Macron et de ses amis. Non seulement il faut protéger les « élites », mais poursuivre ceux qui pourraient leur nuire : les gilets jaunes, l’opposition et ce que l’auteur appelle “le cas particulier de Marine Le Pen et du Rassemblement national”. Régis de Castelnau a bien étudié la répression frappant Marine Le Pen et le Rassemblement national, il démontre que le système judiciaire et certains juges tentent d’assassiner financièrement le Rassemblement national, seule façon pour que cet opposant mette un genou en terre : « Marine Le Pen et le Rassemblement national bénéficient de soins (sic) judiciaires particuliers ». Une mention spéciale doit être accordée au chapitre où l’auteur décrit par le menu le procès fait à Cayenne par Christiane Taubira contre une militante du FN.

Ce livre est une somme, il est vraiment le recueil de tous les scandales connus depuis les années 80, démontrant, si besoin était, la dérive de notre institution judiciaire, sa soumission au pouvoir politique, la politisation des juges. Mais il n’est pas qu’un recueil, l’auteur décortique toutes les facettes juridiques des situations qu’il examine ; en spécialiste, il démontre que les solutions données par l’institution judiciaire sont non seulement politisées, inacceptables moralement, mais procédant d’une véritable torture du droit.

Je dois m’arrêter, cette note n’est pas destinée à recopier cet ouvrage ; pourtant, à sa lecture, on est tellement transporté d’indignation que l’on voudrait que chaque Français l’ait lu.

En tout cas, lecteurs de cette note, lisez ce livre, gardez-le dans votre première bibliothèque, il est une référence. Surtout, il est de nature à nous donner une énergie supplémentaire pour nettoyer ces écuries d’Augias.