Tribune libre de Marine Le Pen

Le scandale des implants médicaux vient rappeler dramatiquement la nature profonde du système bruxellois, censé « protéger » les citoyens et qui, en réalité, les livre à la merci des lobbies. Les mêmes qui produisent chaque année des milliers de directives, de règlements ou de recommandations pour encadrer les aspects les plus improbables de notre vie quotidienne, du calibrage des œufs à l’orientation des niches à chiens1, mettent sciemment des vies humaines en péril… au nom de la liberté du marché !

A l’origine de l’enquête menée conjointement par 250 journalistes et 59 médias européens : le test effectué par une journaliste néerlandaise qui a obtenu l’homologation comme « implant vaginal » d’un simple filet de plastique ayant contenu 2 kg de mandarines. Un sac alimentaire en polypropylène devenu, par la grâce du label de conformité européen (« CE »), une prothèse contre les descentes d’organes…

La procédure a été simplissime. La journaliste a sollicité l’agrément tarifé d’un des 60 « organismes notifiés » (ON dans le jargon communautaire) chargés de surveiller les dispositifs médicaux mis sur le marché. Qui sont ces ON ? Des structures privées à but lucratif auxquelles les Etats, sur injonction de Bruxelles, ont délégué le pouvoir de délivrer le fameux certificat « CE ».

Ce système trouve sa source dans la directive 93/42/CEE du 14 juin 1993 relative aux dispositifs médicaux qui, arguant que « les procédures de certification et de contrôle relatives à ces dispositifs diffèrent d’un État membre à l’autre » et « que de telles disparités constituent des entraves aux échanges à l’intérieur de la Communauté » considère que celles-ci « doivent être harmonisées afin de garantir la libre circulation de ces dispositifs sur le marché intérieur »2.

Pour valider la conformité d’un produit, plus besoin, donc, de solliciter un organisme équivalent à l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament qui délivre les fameuses AMM (Autorisation de mise sur le marché). Un dossier standard suffit. Mais ses critères sont tellement évasifs que n’importe qui peut passer entre les mailles du filet. Dans le cas qui a mis le feu aux poudres, la journaliste néerlandaise, Jet Schouten, a volontairement truffé le sien d’informations alarmantes : par exemple, le fait que le produit n’avait jamais été testé et qu’une femme sur trois risquait de subir des séquelles irréversibles. Il a pourtant été approuvé sans la moindre difficulté. Normal : dans ce système de certification aberrant, le contrôlé paye le contrôleur… qui n’est contrôlé par personne.

Dans un Etat de droit traditionnel, on appelle cela « conflit d’intérêts ». Pas dans le système de Bruxelles où il s’agit d’un mode de fonctionnement ordinaire. Celui de l’argent-roi.

Pire : il n’existe aucune base de données européenne mettant en relation la nature des implants, l’identité des receveurs et a fortiori leur suivi médical. Bruxelles, en effet, a jugé inutile cette précaution. Laquelle, pour insuffisante qu’elle soit, aurait cependant constitué un utile système d’alerte ! Résultat, comme l’écrit Le Monde, « on peut aujourd’hui retrouver l’origine d’une canette de soda au fin fond du Congo grâce à son code-barres. Mais pas celle d’un implant défectueux dans la poitrine de votre père » !

Aux Etats-Unis, au contraire, patrie de la liberté d’entreprendre qu’on ne peut soupçonner d’obsession administrative, une telle base de données s’enrichit chaque jour, laquelle permet d’identifier les produits à risques et s’avère, du coup, très dissuasive pour les candidats à la fraude. Au point qu’en 2011, l’un des principaux responsables de la Drug and Food Administration (DFA), le docteur Jeffrey Shuren, a pu accuser l’Union européenne de prendre ses citoyens pour des  cobayes  (« Under the EU system, the public are being used as guinea pigs. »)3.

Particulièrement choquant, l’exemple du filet à mandarines labellisé « CE » sous le nom de « mèche vaginale » n’est que la face émergée de l’iceberg : des stents intracrâniens aux prothèses de hanche en passant par les implants mammaires ou les pompes à insuline, une douzaine de produits se trouve concernée par cette absence totale de contrôle, qui peut permettre à des systèmes destinés à sauver des vies de se transformer en véritables instruments homicides !

Rien qu’en France, le nombre d’incidents a doublé depuis 2007, avec plus de 18 000 en 2017, soit environ 158 000 incidents en dix ans. Alors qu’en Europe, il est encore impossible de commercialiser un médicament sans essais cliniques – mais pour combien de temps ? – , le marché des implants, particulièrement lucratif, est livré à une concurrence sans entraves. Selon Le Monde, la firme St. Jude Medical (groupe Abbott), a ainsi obtenu le marquage « CE » pour son Nanostim, un pacemaker sans sonde, après l’avoir seulement testé sur cinquante-huit moutons et trente-trois personnes…

Rappelons qu’en 1986 (Acte unique), 1992 (Maastricht), et 2009 (Traité de Lisbonne), on nous a vendu l’extinction des souverainetés nationales comme le meilleur moyen d’assurer, entre autres bienfaits, la sécurité des consommateurs européens !

Marine Le Pen

1. A titre d’exemple, on peut citer la Recommandation 2007/526/CE relative à l’hébergement et aux soins des animaux utilisés à des fins expérimentales ou à d’autres fins scientifiques, qui ne consacre pas moins de 89 pages – le double de la directive sur les dispositifs médicaux !) au bien-être des cobayes. Ainsi des poissons, dont il est dit qu’«une attention particulière devrait être accordée à leurs pratiques de manipulation, pour éviter la déshydratation, la suffocation et autres dommages ». De même, leur euthanasie fait l’objet d’une procédure ainsi fixée par la Commission : « une surdose d’anesthésique en utilisant la voie et l’agent anesthésique appropriés à la taille et à l’espèce. Lorsque les poissons sont euthanasiés par immersion, ils devraient rester immergés dans la solution pendant au moins cinq minutes après la cessation du mouvement des opercules et du réflexe vestibulo-oculaire (VOR) ». Texte en ligne sur : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32007H0526

2. Directive en ligne sur https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEXBA3A31993L0042

3. Déclarations disponibles sur : https://www.reuters.com/article/us-devices-idUSTRE71O0P020110225