Tribune de Mathilde Androuet, députée européen, conseillère régionale d’Ile-de-France, déléguée départementale RN des Yvelines

Le quotidien The Wall Street Journal a relayé le 5 juin les informations en provenance de sources gouvernementales américaines selon lesquelles Donald Trump aurait donné l’ordre au Pentagone de retirer d’Allemagne près d’un tiers des 34 500 soldats américains qui y sont stationnés de manière permanente. Cette annonce non officielle, dénoncée d’ores et déjà par le parti démocrate aux Etats-Unis, s’inscrit dans le cadre du bras de fer commercial engagé entre les deux pays, bras de fer alimenté par les critiques de la Maison-Blanche sur la faible participation de Berlin au budget de l’Otan et sur la poursuite de la collaboration germano-russe au projet de gazoduc Nord Stream 2.

Cette rumeur, jointe à l’annonce d’une baisse de la contribution des Pays-Bas au budget de l’Alliance atlantique, a réactivé chez un certain nombre de politiciens et de médias européistes le discours en faveur d’une «armée européenne», d’une «mutualisation des moyens militaires» dans une optique fédéraliste.

En février dernier, Emmanuel Macron avait déjà proposé aux pays membres de l’Union européenne et particulièrement à l’Allemagne, « un dialogue stratégique » sur « le rôle de la dissuasion nucléaire française », la mise en place d’exercices communs de dissuasion.  Johann Wadepul, proche d’Angela Merkel et vice-président du groupe parlementaire de la CDU, estimait au même moment que la France devrait mettre en commun sa force de frappe atomique en la plaçant sous le contrôle de l’Union européenne ou de l’Alliance atlantique.

Les questions de défense, directement liées à celle de souveraineté nationale, ne peuvent être abandonnées aux eurocrates qui dépouilleraient nos nations de leur autonomie stratégique et de leur pouvoir militaire.

Il nous est en outre permis de douter de la capacité de l’Union européenne à identifier des intérêts stratégiques qui soient également communs à l’ensemble de ses membres et à mettre en œuvre les moyens nécessaires à leur préservation. L’incapacité de l’Europe de Bruxelles à apporter un soutien massif à nos troupes engagées dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, au-delà des quelques détachements et fonds envoyés aux membres du G5-Sahel, le démontre cruellement. Quant à la gestion des missions diligentées par l’Union européenne dans les pays des Balkans, au vu du contexte local instable, les résultats ne seraient pas aussi probants qu’attendus.

Pour autant, dans le cadre d’une Europe des Etats souverains, un renforcement de la coopération sur le plan opérationnel comme industriel est nécessaire et utile dans le domaine militaire, quand bien même les traités et règlementations européens sont un frein à la mise en place de telles coopérations.  Nous verrons ce qu’il adviendra de la coopération structurée permanente qui a été lancée il y a deux ans et demi, mais qui s’inscrit pleinement, hélas, dans ce carcan européiste.

Les fédéralistes bruxellois qui clament aujourd’hui leur volonté d’une défense européenne autonome, se gardent bien de dire que son utilité n’apparaît que dans le cadre d’une Europe des nations libres et ne remettent pas en cause leur affiliation à l’Otan. Ils n’ont rien fait pour desserrer l’étau de notre vassalisation aux États-Unis. L’Union européenne dépend directement de Washington non seulement sur le plan militaire, une dépendance parmi d’autres que sont la culture de masse, le cyberespace avec les GAFA, les liens financiers, les traités commerciaux et l’extraterritorialité du droit américain.

L’Europe n’aura un avenir politique que si elle refuse l’instauration progressive de la partition mondiale entre Chine et États-Unis. Elle doit oser la préférence communautaire en matière industrielle et d’armement et en finir avec la doxa antiprotectionniste à laquelle s’accrochent encore les européistes de droite comme de gauche.  Un vaste et ambitieux programme qui est tout simplement la condition de sa survie et de sa liberté sur le plan international.