Tribune libre

 

« L’Amérique innove, la Chine copie, l’Europe réglemente »

 

Cette petite phrase assassine énoncée par l’ancienne présidente du « Medef italien » effleure à peine la terrible réalité de l’Union européenne en matière de numérique.

 

C’est un fait, l’UE a accumulé un retard monstre dans le domaine, de l’aveu même de la Commission européenne qui en constate la « relative faiblesse ».

 

Cette « faiblesse » n’a pourtant rien de « relative » comme elle essaye de nous le faire croire : là où les États-Unis ou la Chine ont su, ces dernières années, développer les infrastructures et les réseaux permettant l’émergence d’acteurs majeurs, l’UE s’en est tenue à légiférer à tout-va !

 

On concèdera ici la différence de dimension et de capacités entre ces acteurs : les institutions européennes ne disposent ni de la manne financière des États-Unis ni de la volonté politique de la Chine pour envisager des plans quinquennaux.

 

Pour autant, ce retard est-il vraiment excusable ? Non, si l’on considère le potentiel des entreprises européennes et la puissance financière qui pourraient être les nôtres. Les start-ups européennes, et notamment françaises, rivalisent chaque année d’inventivité et pourraient permettre de nous repositionner sur le marché.

 

Quant aux fonds européens, ils pourraient, mieux ciblés et nettement augmentés, permettre d’avancer vraiment en matière de recherche et développement (R&D).

 

On notera aussi avec quelle facilité Bruxelles se cache et se couche systématiquement face à l’« allié » américain.

 

Parce que l’UE n’a pas su développer son propre réseau internet, parce que nous ne disposons pas de datas centers européens (et confions donc le stockage de nos données à d’autres), parce que nous ne savons pas faire émerger des géants européens ni même retenir sur notre sol nos développeurs : à force de renoncer, nous sommes donc voués à nous en remettre à l’étranger.

 

Prise de court, l’UE en est réduite à légiférer pour tenter de récupérer un peu de pouvoir sur les géants du numérique. Ainsi naissent des textes comme la « législation sur les services numériques », censés imposer aux GAFAM plus de transparence et de responsabilité ou encore le « Privacy shield », dont l’objectif était de réglementer les échanges de données UE-US. Comble des combles, ce dernier a été invalidé par la Cour de Justice de l’UE, car il ne respectait pas le règlement européen sur la protection des données (RGPD).

 

Les technocrates à Bruxelles produisent donc des textes qui violent… leurs propres textes !

 

Situation tout aussi inquiétante :  à la demande de la « Data Protection Commission » (l’équivalent irlandais de notre CNIL), c’est tout le principe même de l’échange de données avec les États-Unis qui se retrouve sur la sellette. En effet, la DPC estime que des plateformes comme Meta (Facebook, Instagram, Messenger…) transfèrent beaucoup trop facilement les données personnelles des Européens vers les États-Unis où la législation leur permet de les examiner librement, en dépit de leur caractère privé. Un texte envoyé par les Irlandais à l’ensemble des États-membres ce mois-ci est actuellement à l’examen. Dublin demande de bloquer définitivement les envois de données privées outre-Atlantique tant qu’il n’y aura pas de vraies garanties sur la protection de celles-ci.

 

Les autorités nationales compétentes disposent d’un mois pour réagir.

 

La forme que prendra l’avenir du numérique en Europe se discute donc en ce moment même dans les coulisses. Quoi qu’il en ressorte, il est temps pour nos pays et pour l’UE de décider une bonne fois pour toutes de la stratégie qui sera la nôtre pour assurer notre souveraineté numérique, au lieu de rester passifs et de nous voir imposer cette transition qui ne doit en aucun cas se faire contre les intérêts des Français !