Il n’est jamais plaisant d’être celle qui clame : « je vous l’avais bien dit ! » Et pourtant. Dans
une question écrite du 17 février 2020, je dénonçais le contrat de prêt de 800 millions d’euros
souscrit par le Monténégro pour un projet d’autoroute.

Au-delà des doutes portant sur le projet proprement dit, la coquette somme alourdit
considérablement les comptes publics, notamment la dette, du petit État balkanique. D’autant
plus que l’affaire impliquerait des collatéraux matériels sur le territoire monténégrin.
Une situation qui à l’époque, ne semblait pas alarmer la Commission, confiante dans les
capacités de remboursement du pays.

Las ! En mars, le site d’actualité européenne Euractiv jetait le premier pavé dans la mare. À
l’en croire, le Monténégro appelait l’Union européenne à l’aide pour le remboursement du
fameux prêt.

Quant à l’autoroute, censée gagner la Serbie, il faut croire que les craintes émises par la
Banque européenne d’investissement en particulier étaient justifiées. En témoigne un article
édifiant d’Euronews, qui éreinte, en vrac, le non-respect des délais, le recours possible au
travail illégal par des sous-traitants, ou encore l’empreinte environnementale du projet.
Tout cela est d’autant plus consternant que ce type de déconvenues est monnaie courante. En
témoigne une étude de 2019 selon laquelle le projet chinois de route de la soie, impliquant la
construction d’infrastructures dans le monde entier, porterait atteinte à 4 138 espèces
animales et 7 371 espèces végétales environ. Quant au piège de la dette, certains États
africains en ont fait l’amère expérience.

En commission développement, je n’ai eu de cesse de dénoncer les conséquences
désastreuses de l’expansionnisme chinois. Avec le Monténégro, la Commission européenne
risque d’en subir les premières conséquences concrètes. Dommage également que ce ne soit
pas l’occasion de remettre définitivement en cause le processus insensé d’élargissement de
l’Union européenne aux Balkans.