Tribune de Jean-Paul Garraud, Député français au Parlement européen, Président de l’Association professionnelle des magistrats

Même blasé par l’habitude, on est encore capable d’être sidéré par le cynisme et l’absence de toute vergogne de certains politiques : ainsi, pendant que son ministre de l’Intérieur vibrionne tentant de camoufler derrière l’enflure des mots et les rodomontades à la Tartarin le dramatique échec du Gouvernement en la matière, on nous annonce que M. Macron va s’exprimer sur la sécurité…

Est-il un seul Français qui puisse en être dupe ?! Quand bien même, à coups de mouvements de menton et de proclamations se voulant sans doute toutes plus martiales les unes que les autres, le Président, qui n’en est pas à un nouveau masque près, se risquerait à jouer à « plus sécuritaire que moi, tu meurs »…

Quand c’est ce même Président qui, il y a quelques semaines osait qualifier d’« incivilités » des crimes qui ont soulevé l’indignation générale, reprenant ainsi, et de manière combien provocatrice et indécente, une terminologie euphémisante qui est un déni du réel, que même les plus zélés défenseurs de la « culture de l’excuse » hésitent à encore employer aujourd’hui, tant elle est dévaluée et insultante pour ceux qui sont victimes des authentiques crimes et délits qu’elle vise.

Quand c’est ce même Président qui avait nommé au ministère de la Justice une Mme Belloubet, terne clone de Mme Taubira mais non moins acharnée, qui a limité, avec le plein soutien de l’Elysée, le recours à l’emprisonnement jusqu’à faire relâcher plus de 13.000 détenus en quelques jours sous un prétexte « sanitaire » totalement artificiel (l’entrée du virus dans les prisons pouvait parfaitement être maîtrisée, quelque fût le nombre des détenus), et qui, en même temps, pour le plus grand bonheur des délinquants, a mis les juridictions en demi-sommeil, comme si la Justice n’était que la cinquième roue du char de l’Etat et que la sanction des malfaiteurs comme la réparation pour leurs victimes pouvaient attendre encore bien plus longtemps…

Quand c’est ce même Président qui a surenchéri dans la provocation en désignant pour succéder à cette triste titulaire du poste un avocat médiatique dont tout, dans la carrière, les propos, les écrits, l’image publique, transpire l’intime répulsion pour tout ce qui représente la répression pénale et l’hostilité viscérale à ceux qui l’incarnent et la mettent en œuvre ! Insupportable contradiction qui dément d’avance toutes les protestations de circonstance (électorale…) et déclarations d’intentions !

L’évidence, c’est que, si, dans le discours, toutes les acrobaties verbales sont possibles, dans les faits, on ne peut pas être « en même temps », laxiste et répressif, pour l’emprisonnement et contre la prison, pour la sanction et contre la peine etc.

Dans les quartiers où l’on se joue, plus que jamais, de la loi et de ses représentants, de telles gesticulations rhétoriques vaudraient à leurs auteurs le qualificatif sans appel de « bouffons »…