Tribune de Dominique Bilde, député français au Parlement européen

« La haine des nationalistes, les disputes et les conflits ont laissé la place à l’amitié, la paix et la coopération ». Emmanuel Macron aux commémorations de l’armistice ? Non, Alexis Tsipras enterrant vendredi dernier la hache de guerre avec la Macédoine… Pardon ! La « République de Macédoine du Nord ».

Il faut dire que le changement, pour cosmétique qu’il puisse sembler à certains (après tout l’usage du nom « Macédoine », au cœur du litige, est maintenu), recèle en lui le sésame pour l’accession du petit État slave à l’OTAN aussi bien qu’à l’Union européenne. Et, comme on pouvait s’y attendre, les eurocrates n’ont pas lésiné sur les hyperboles pour saluer le vote favorable du Parlement grec. « Mission impossible accomplie ! » s’époumonait ainsi Donald Tusk, Président du Conseil européen, par Twitter interposé.

Reste qu’à part graver dans le marbre un futur élargissement de l’Union européenne, l’accord de Prespa ne règle rien, ou presque. Malgré quelques paroles amènes et de menues concessions de part et d’autre, notamment concernant les manuels scolaires, les aspirations à une « Grande Macédoine » demeurent intactes. Zoran Zaev, Premier ministre de l’ancienne République yougoslave, ne disait récemment encore pas autre chose : « La Macédoine est une région géographique des Balkans. Nous en avons actuellement le Nord, l’Est est en Bulgarie, l’Ouest en Albanie et le Sud appartient aux Grecs. » A bon entendeur !

Alexis Tsipras s’illusionne-t-il vraiment sur sa victoire à la Pyrrhus ? Rien n’est moins sûr. De reculade en reculade, il y a beau temps que l’enfant chéri de la gauche a troqué ses habits de Che Guevara pour ceux plus seyants de bon petit soldat de la Commission. Alors que 34,8 % de la population grecque est en risque de pauvreté- un record après la Roumanie et la Bulgarie, le signataire du mémorandum de 2015 n’avait récemment rien trouvé de mieux que de se vanter d’un excédent budgétaire de 4% !

Dans l’indifférence générale, le régime prend d’ailleurs un tour répressif : Stathis Kouvélakis, professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, pointe ainsi du doigt le nouveau délit spécial contre toute action s’opposant à la saisie et la vente aux enchères de biens de propriétaires endettés – y compris leurs résidences principales. Quant aux sanctions contre le mouvement « Je ne paye pas », sorte d’ancêtre hellénique des gilets jaunes, elles sont désormais le fait non pas d’un juge d’instruction, mais d’un énigmatique « département pour la protection de l’État et du régime démocratique », dont les compétences ne cessent de s’élargir.

« Je pleure de colère chaque 5 juillet » déclarait à qui voulait l’entendre Betty Baziana, compagne d’Alexis Tsipras, faisant référence au référendum de 2015 qui avait vu les Grecs rejeter massivement les conditions de leurs créanciers. Alors que la paupérisation du pays semble ne plus connaître de fin, les larmes de crocodile de la première dame n’ont pas fini de couler.