Tribune de Julie Lechanteux, Député français au Parlement européen

Une année d’espoir pourrait se transformer en année difficile

Le commerce entre l’Europe et la Chine représente actuellement plus d’un milliard d’euros par jour, et après la ratification de l’accord global d’investissement (CAI) qui en est à son 28ème cycle de négociations, les statistiques commerciales vont exploser. L’objectif de cet accord est d’offrir aux investisseurs des deux parties un accès régulier et à long terme aux marchés européens et chinois et de protéger investisseurs et investissements. L’Union européenne attend de la Chine qu’elle pratique un commerce équitable et qu’elle assume sa responsabilité concernant la protection des droits de propriété intellectuelle afin de satisfaire aux obligations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

L’Union européenne importe de Chine principalement des biens de consommation et des biens industriels, des chaussures, des vêtements et des machines. Entre 2009 et 2010, les échanges commerciaux entre l’UE et la Chine ont augmenté de 38 %, et depuis, les relations entre l’UE et la Chine se sont renforcées. En 2018, l’Union européenne a importé pour 389 milliards d’euros de marchandises en provenance de la Chine. L’amitié entre l’Union européenne et la Chine s’est accrue depuis que la Chine est devenue membre de l’OMC en 2000. La pandémie mondiale du Covid-19, la plus importante depuis la grippe espagnole de 1918, a mis le monde à l’arrêt. Les pays européens ont fait les frais de ce virus, et en ces temps tumultueux, les relations entre l’UE et la Chine ont été mises à rude épreuve. La Chine, qui est le premier pays à avoir été touché par le virus, et dont le virus est originaire, avec une propagation d’homme à homme, est au centre de toutes les discussions ces jours-ci, qu’elles soient économiques, sociales ou politiques. L’Union européenne a aidé la Chine en lui faisant don de 50 tonnes de matériel médical en janvier 2020. En mars, la Chine a annoncé qu’elle pourrait fournir 2 millions de masques chirurgicaux, 50 000 kits de dépistage et de nombreux autres équipements et fournitures médicales utiles pour aider l’Europe à lutter contre le coronavirus. Le Chinois Jack Ma a fourni des kits et de tests médicaux à l’Ukraine et à la Belgique. Il a fait don de 50 000 masques chirurgicaux à la Grèce et a également fourni une aide médicale à des pays tels que la Bulgarie, la France, Chypre, le Luxembourg et la Slovénie. En outre, plusieurs pays européens se sont tournés vers la Chine pour obtenir une aide médicale immédiate.

Le monde est confronté à la pire crise économique depuis la grande dépression de 1931. De nombreux pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, accusent la Chine de dissimuler des faits et des chiffres relatifs aux cas de coronavirus. Le ressentiment contre la Chine s’accroît en Europe. Les Européens affirment que la Chine tente de détourner l’attention du monde de ses responsabilités en jouant le rôle de sauveur mondial. Même si elle vient en aide à l’Europe, il est maintenant évident que la Chine ne lui rend pas service, car l’Italie et l’Espagne ont déjà affirmé que leurs kits de test et leurs masques envoyés de Chine étaient soit défectueux, soit non conformes aux normes internationales. L’Europe observe que la Chine profite de pays qui ont désespérément besoin d’équipements et de fournitures médicales. Il est devenu évident pour les Européens que la Chine utilise ces aides des produits médicaux à des fins de propagande et qu’elle est maintenant accusée de vendre des masques et des équipements de protection individuelle défectueux. Cela ne va pas arranger l’état des relations entre l’UE et la Chine. Des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et de nombreux États membres de l’Union européenne, notamment l’Italie, ont déjà entamé des débats sur les demandes de réparation.

Des organisations internationales de premier plan comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont également accusées de complaisance envers la Chine qui aurait camouflé des données et n’aurait fourni des chiffres réels que très tard. Après avoir reçu le premier rapport sur quelques cas suspects dans la province de Hubei le 27 décembre 2019, des scientifiques chinois ont effectué des recherches épidémiologiques le 29 décembre 2019 et la Commission de la santé de Wuhan a émis un avis d’urgence le lendemain. La Chine a signalé la situation à l’OMS et aux autres pays du monde le 3 janvier 2020, puis le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies a téléchargé la séquence génétique du virus le 11 janvier et le 23 a ordonné la fermeture de Wuhan. La Commission nationale chinoise de la santé a envoyé des experts à Wuhan le 31 janvier pour une enquête interne. La Chine a pris des mesures strictes, complètes, approfondies et sans précédent pour contrôler le coronavirus. Pourtant, le 31 mars, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères a rejeté l’accusation des pays du monde entier en disant que le COVID-19 est un nouveau type de virus que nous n’avons jamais vu auparavant, qu’il faut du temps pour le découvrir, l’étudier et le détecter.

Ainsi, l’année de l’espoir pour les relations UE-Chine s’est vite transformée en une année d’hésitation et d’incertitude. Personne ne sait comment et dans quelle mesure ce virus aura un impact sur l’économie mondiale. Certains économistes affirment que la récession sera la plus grave de notre histoire. Le virus a frappé tous les pays du monde et en particulier l’Union européenne de manière dramatique. L’avenir des relations avec la Chine devra faire l’objet d’une réflexion approfondie et, avec les derniers développements, les relations entre l’Union européenne et la Chine pourraient même s’interrompre brusquement.