Tribune de Mme Annika Bruna, Député français au Parlement européen

85 % des porcelets mâles élevés en France, soit plus de 10 millions d’animaux par an, sont castrés à vif. Cette mutilation a pour but de prévenir l’apparition d’odeurs désagréables lors de la cuisson de la viande de porc. Elle n’en reste pas moins douloureuse pour l’animal et coûteuse pour les éleveurs.

Pour réduire cette souffrance animale, le gouvernement a pris un arrêté le 24 février dernier pour interdire la castration à vif des porcs domestiques à partir du 31 décembre 2021.

Cet arrêté permet aux éleveurs de procéder, sans l’intervention d’un vétérinaire, à une castration sous anesthésie locale, de manière à supprimer ou atténuer la douleur.

Un travail de cochon ?

Pour les éleveurs, la castration des porcs est une opération chronophage et désagréable. Ils dénoncent le projet de castration sous anesthésie comme un coup de communication qui ne fait en aucun cas progresser le bien-être animal, celui des éleveurs ni l’image de la filière porcine.

Ainsi, l’association « Pour le Bien-être animal porcin et la non-castration des porcs », créée le 10 novembre 2020, a été fondée par des éleveurs pour défendre le mâle entier, c’est-à-dire le porc non castré.

Tout est bon dans le cochon non castré.

Ne pas castrer les porcs, c’est déjà éviter leur souffrance mais le mâle entier présente bien d’autres avantages. Cela épargne aux éleveurs une tâche bien ingrate. La viande est aussi de meilleure qualité.

Mais surtout, le mâle entier permet une réduction non négligeable des coûts de production. En effet, la différence entre les éleveurs qui ne castrent pas et ceux qui le font est de 8 € par porc abattu. Ne pas castrer les porcs permettrait donc de regagner un peu de compétitivité par rapports à nos concurrents européens, notamment espagnols, néerlandais et allemands qui élèvent déjà des porcs entiers.

Autre avantage économique pour l’éleveur : Les mâles entiers ont une meilleure « efficacité » alimentaire car ils consomment moins d’aliments pour atteindre le même poids d’abattage que leurs homologues castrés.

Cette efficacité alimentaire est une bonne chose pour l’environnement car l’éleveur utilisant moins de nourriture, le cochon engendre une moins grande quantité de lisier et donc d’azote.

Enfin, le mâle entier présente un avantage non négligeable pour le consommateur : celui de manger une viande moins chargée d’antibiotiques. En effet, la castration, comme toute blessure, est facteur d’infections et donc de traitement aux antibiotiques. Le mâle entier préserve donc notre santé.

Fini les odeurs de cochons !

Si en principe le mâle entier développe lors de la puberté des hormones qui peuvent donner à la viande une mauvaise odeur, il faut rappeler que ces odeurs lors de la cuisson sont rares : moins de 1 % des animaux présentent un risque d’odeur.

Mais surtout, il est possible de recourir à un procédé bien moins coûteux que la castration pour traiter ce problème. Les abattoirs peuvent en effet recruter et former du personnel pour détecter les odeurs, certaines personnes étant même hypersensibles à l’odeur d’androstérone.

Les carcasses repérées peuvent alors être isolées, de façon à ce que la viande grasse soit destinée aux marchés où l’odeur n’est pas considérée comme gênante.