Depuis plusieurs années tinte une petite musique particulièrement sinistre. Les pêcheurs français, sans distinction, seraient responsables de la destruction des océans.

Ce sont pourtant les réglementations européennes, allègrement soutenues par le Gouvernement français, qui sont toutes pensées pour faciliter l’activité de la pêche industrielle tandis que celle de la pêche artisanale, plus respectueuse de l’environnement, est sans cesse contrariée par des chicaneries administratives toujours plus laborieuses. Là où l’on espérait un geste pour aider les petits pêcheurs artisanaux, déjà soumis aux règlementations les plus restrictives du monde ainsi qu’à la pression d’organisations pseudo-écologistes d’extrême gauche, la Commission européenne entend encore leur compliquer la tâche.

C’est ainsi que Madame Aguilera, rapporteur socialiste du Parlement Européen sur le règlement du contrôle des pêches, se fait le porte-voix de la nouvelle trouvaille des technocrates de la Commission : les caméras embarquées à bord des navires, ou CCTV. Assommer nos pêcheurs de règles ridiculement complexes ne suffisait pas. Il s’agit maintenant de les considérer d’office comme suspects, tels des délinquants.

Ce sont pourtant les thoniers japonais qui, pendant des années, ont pillé la Méditerranée sans que nous ne soyons jamais capables de les arrêter !

Ce sont pourtant les écologistes de salon qui sèment dans les mers, par centaines, des éoliennes perchées sur de gigantesque pylônes de béton !

C’est pourtant la Turquie qui est en train de transformer la mer Méditerranée en une gigantesque mare d’acide par les rejets chimiques de son industrie textile !

Ce sont pourtant les Gouvernements de l’UE qui importent toujours plus de poissons capturés ou élevés hors de l’Union, en dehors des règles sanitaires et écologiques les plus élémentaires de la pêche et de l’aquaculture !

Fi de tout cela ! Il y a un éternel criminel, un éternel coupable, un éternel pollueur : le pêcheur ! Toujours lui. Lui qui pointe depuis des années le rapetissement des poissons et la pollution des eaux maritimes. Son seul tort, en vérité, est de vouloir (sur)vivre grâce à son travail, à son dévouement et à son éthique professionnelle dans un monde où les bureaucrates ont pris le pouvoir.

Nous avons toujours été totalement contre ce principe de flicage humiliant, inacceptable de nos pêcheurs.

Inacceptable, parce que c’est la faiblesse des technocrates déconnectés qui a aggravé la destruction de la ressource halieutique depuis des années. Ce sont également ces mêmes technocrates qui ordonnent le saccage de l’espace de travail des pêcheurs de la Manche avec des projets éoliens marins en séries, décidés sans aucune concertation avec les acteurs locaux, ni souci de l’impact socio-économique ou environnemental que de telles entreprises auront inéluctablement sur eux. Ces mêmes technocrates qui se sont servi de la pêche comme variable d’ajustement lors des négociations du Brexit.

Il va falloir commencer à comprendre que les pêcheurs ne sont pas le problème, ils sont la solution. Lorsque je vais à la rencontre des pêcheurs artisanaux d’Occitanie, ceux-ci l’affirment : « il faut pêcher moins, mais mieux »

Ils vivent de la mer et ont le plus grand souci de sa pérennité.

Ils alertent sur le pillage de nos ressources par des navires-usines étrangers.

Ils n’ont pas arrêté de pointer du doigt la pollution chimique qui détruisait leur espace de travail.

Enfin, ce sont ces petits métiers qui ont pris de plein fouet les errements du Gouvernement, avec la crise du COVID en apothéose de leur médiocrité.

La considération et le respect que nous leur portons, l’utilité essentielle de leur métier dans la souveraineté alimentaire de la France, nous conduisent à refuser qu’on les enchaîne à des caméras les faisant passer pour des pillards.

Les gens de mer sont des indépendants responsables et attachés à la liberté, si parfaitement illustrés par ces vers de Baudelaire :

« Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame »

Respectons-les. Soutenons-les.