Tribune de Mme Annika Bruna, Député Français au Parlement européen, membre de la commission d’enquête sur le transport des animaux

Reporterre.net a publié récemment un article très documenté qui tend à démontrer que la Covid-19 s’est développée dans les élevages de visons en Chine, avant de se répandre ensuite chez l’être humain.

Nous serions donc bien en présence d’une zoonose, c’est-à-dire d’une maladie transmise à l’homme par des animaux. Ces zoonoses risquent de constituer un enjeu sanitaire majeur dans les années qui viennent tant les élevages intensifs se sont multipliés sur la surface du globe.

La Chine est le premier producteur mondial d’animaux à fourrure : de gigantesques élevages de visons mais aussi de renards et de chiens viverrins, canidés qui ressemblent à des ratons-laveurs, pullulent dans les régions du Nord-Est de la Chine. Ces élevages génèrent un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards de dollars par an, pour un total de 50 millions d’animaux élevés !

Le problème, c’est que les élevages intensifs sont des terreaux très favorables au développement des maladies, en raison de la promiscuité des animaux mais aussi du manque d’hygiène : certains élevages chinois concentrent plus de 100 000 visons.

S’agissant du Covid-19, le virus est transmis par les chauves-souris. Ces dernières s’abritent dans les hangars d’élevage où elles peuvent uriner et déféquer sur les animaux en cage qu’elles surplombent…

Ajoutons que les animaux à fourrure favorisent souvent des mutations comme on l’a constaté dans les élevages de visons en Europe. Ce sont des mammifères aux poumons fragiles qui contractent facilement des pneumopathies qu’ils propagent par leurs éternuements.

Il est d’ailleurs frappant de constater que ces animaux à fourrure sont susceptibles de transmettre la Covid-19 à l’homme, alors que les animaux d’élevage traditionnels tels que les bovins, les porcs ou les volailles ne nous le transmettent pas.

Face à ce défi, la Chine avait choisi jusqu’à présent l’opacité. En effet, les études scientifiques chinoises sur le Covid-19 n’ont pas analysé les élevages de visons, de renards et de chiens viverrins. Elles n’ont pas non plus analysé les biais de transmission de la chauve-souris à ces animaux. Pire encore, la Chine a cherché à contrôler l’information en réprimant les journalistes et en censurant les scientifiques.

On comprend d’ailleurs que la Chine ne tienne pas à être tenue responsable de la pandémie actuelle, afin de conjurer le risque de voir se multiplier des demandes d’indemnisation de la part des Etats frappés par cette maladie.

Toutefois, cette question de la responsabilité politique, morale ou financière est un peu l’arbre qui cache la forêt : de nombreuses maladies, dont des zoonoses, ont émergé un peu partout dans le monde sans que l’on cherche jusqu’à présent à se venger ou à faire payer les responsables, si tant est qu’on les ait identifiés.

La Chine semble cependant changer de ton : après avoir retardé la visite de 10 experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), elle a finalement autorisé cette visite à partir du 14 janvier. En principe, ces experts devraient mener des recherches conjointes avec leurs homologues chinois sur les origines de la Covid-19.

Ce qui compte vraiment, c’est de progresser dans la connaissance de ces zoonoses, celles issues des élevages intensifs mais aussi celles issues de la déforestation, afin de limiter la propagation de ces maladies dans le futur.

C’est pourquoi il serait souhaitable que les autorités chinoises :

– laissent toute latitude aux enquêteurs de l’OMS afin qu’ils puissent réaliser les études nécessaires, études qui permettront peut-être d’éviter de futures pandémies ;

– démantèlent à terme les élevages d’animaux à fourrure, facteurs d’une terrible souffrance animale et vecteurs de maladies transmissibles à l’homme.

J’en appelle également aux autorités européennes pour qu’elles mettent fin à toute production mais aussi importation de fourrures, quelle qu’en soit la provenance.