Tribune de Jean-Paul Garraud, Président de l’Association Professionnelle des Magistrats, Député européen

M. Dupond-Moretti, qui n’a même pas eu un mot à l’égard des victimes d’horribles crimes récents -que M. Macron a eu l’invraisemblable indignité de qualifier d’ « incivilités » – à l’instar d’un tag sur un mur… a cru opportun, toutes affaires cessantes, de se précipiter à la maison d’arrêt de Roanne, hier, parce qu’un détenu avait tenté de faire pression sur l’administration pour obtenir son transfert, avec ce qui évoque un simulacre de “prise d’otage” sur… sa propre compagne…

Cet incident mineur a été rapidement réglé et le ministre s’est retrouvé, Grosjean comme devant, réduit à proférer des platitudes niaises devant les caméras (du genre « on ne devrait pas imposer au personnel pénitentiaire des émotions comme celles-là » : certes ! Mais ce personnel, hélas, en a vu bien d’autres -et de tellement pires !).

Il est inquiétant que le ministre puisse ainsi témoigner d’un tel amateurisme et d’une telle perte de sang-froid, alors que, presque quotidiennement, les établissements pénitentiaires sont le théâtre d’incidents autrement graves.

C’est envoyer un signal d’encouragement aux personnes incarcérées, qui sauront, désormais, combien il est facile de provoquer un déplacement de celui qui se qualifie de “ministre des détenus”, pour appeler l’attention sur leurs revendications, individuelles ou collectives.

M. Dupond Moretti, s’il persiste dans cette pratique, devra bientôt y passer le plus clair de ses journées…

Et c’est envoyer un signal désastreux à nos honnêtes concitoyens qui savent maintenant que ce ministre “droit-de-l’hommiste” ne les protégera en rien.

Quand les policiers “de base” rendent spontanément hommage à la jeune Axelle Dorier et que le ministre de la Justice fraîchement nommé ne dit et ne fait rien, comment voulez-vous que ses prochaines actions soient destinées à éviter que de tels crimes abominables ne se reproduisent ?

Quand le ministre se préoccupe du rapatriement des djihadistes parce qu’ils sont “français” et qu’ils” risquent la peine de mort” alors que le taux de récidive chez ces criminels est très

important, comment serait-il possible d’admettre une telle mise en danger délibérée de nos concitoyens ?

Quand le ministre se dit prêt à parler « à tout le monde, sauf aux populistes », il est donc prêt à parler à des terroristes qui ont massacré femmes et enfants mais pas à votre humble serviteur, magistrat et député RN au Parlement européen…

Les premiers pas du ministre, sa première intervention à l’Assemblée où il a menti devant la représentation nationale, en disent long sur le personnage et la politique qui sera la sienne.

L’écœurement, l’indignation et la révolte que cela provoque en moi sont à la hauteur du combat que je mènerai contre cet idéologue.