Tribune de Dominique Bilde, député français au Parlement européen

À quoi pensez-vous quand vous entendez le mot de « délocalisation » ?

Celui-ci renvoie habituellement aux industries qui quittent la France pour ouvrir leurs portes là où la main d’œuvre est moins chère, comme en Chine où part l’usine Smart de Meurthe-et-Moselle par exemple.

Or, le phénomène concerne bel et bien aussi le secteur tertiaire qui représente plus de 75% de l’emploi dans notre pays, et particulièrement celui des services.

L’actualité nous le montre, en atteste l’annonce de PSA qui annonçait déjà en mars dernier son intention de délocaliser son service client au Maroc, laissant sur le carreau près de 300 salariés. Plus récemment, c’est la décision de l’entreprise de « penser » la nouvelle gamme de ses voitures en Inde, prenant de nombreux ingénieurs français au dépourvu. Un double coup dur pour les salariés du géant de l’automobile qui doit nous alerter, alors qu’on n’en parle que trop peu.

En effet, le cas PSA nous montre que le phénomène de déplacement de l’activité économique touche aussi de plein fouet le secteur des services.

C’est Alcatel qui avait ouvert la voie en déplaçant son service comptabilité en Roumanie dans les années 90 déjà. Depuis lors, tout s’est largement accéléré. Si l’une des motivations premières des délocalisations réside dans le coût de la main-d’œuvre, le tertiaire ne pouvait être qu’impacté dans cette course folle imposée par la mondialisation sauvage, et dans les bras de laquelle nous pousse l’Union européenne toujours prête à libéraliser nos marchés et à négocier des traités de libre-échange.

Le déplacement des call-centers est l’un des exemples les plus criants : il y a quelques mois, de terribles photos montrant des travailleurs philippins dormir à même le sol de leur bureau pour maintenir la cadence folle imposée par leurs employeurs ont choqué jusqu’ici en Europe.

En Inde, grande gagnante de ces externalisations à l’étranger, un comptable coûte moins de 3000 euros par an aux entreprises européennes qui décident de leur sous-traiter l’ensemble de leur activité. Ce salaire est encore plus bas pour les informaticiens ou les techniciens qui s’assurent de la maintenance des entreprises européennes.

Cette situation produit de la précarité, et pousse les salaires à la baisse. La menace de perdre son emploi est de plus en plus perceptible. Dans ma région, je reçois de nombreux témoignages de personnes dont le boulot consiste à préparer des Indiens pour les remplacer dans leur travail. Il s’agit d’une situation surréaliste que nous devons refuser.

Selon les chiffres, plus d’un million d’emplois seraient directement concernés en France, laissant peu de perspectives pour ceux qui se pensaient jusqu’alors préservés par la violence de cette terrible réalité.

La délocalisation de l’ensemble de notre appareil industriel, qui, rappelons-le, est le plus touché par le phénomène en Europe avec près de deux millions d’emplois perdus en 30 ans, ainsi que le recours à l’externalisation des activités de services à des pays comme l’Inde, le Maroc ou les Philippines ne font qu’accélérer le déclassement de notre pays sur la scène internationale. Il est encore temps d’inverser la tendance, et de sauver ce qui peut encore l’être.

En réalité, nos prétendues élites font le bilan de décennies désastreuses sur le plan économique, et tentent de camoufler leurs échecs avec des effets d’annonce qui ne font plus illusion.

Les coups de communication du gouvernement ne permettront pas d’empêcher la disparition massive de ces emplois dans notre pays !

Hier les ouvriers français, aujourd’hui nos ingénieurs. Demain, il ne nous restera plus qu’un président de la République impuissant devant l’étendue de la catastrophe économique qui s’annonce !

Dominique Bilde, député européen