Tribune libre de Thibaut de La Tocnaye, membre du BN, vice-président du Groupe RN au Conseil Régional PACA

Nous sommes le seul pays de l’UE à ne pas avoir le scrutin proportionnel !

Emmanuel Macron s’est exprimé en avril dernier sur la réforme des institutions à venir. A priori on s’orienterait vers 25 à 30 % de sièges de députés en moins à l’Assemblée nationale et vers l’« injection » d’une dose de proportionnelle de 15 à 20 % dans l’élection de ceux-ci.

Pour mémoire, il faut rappeler qu’aucun des 27 pays de l’Union européenne ne possède le scrutin majoritaire. La France est donc une exception. Et cette situation est tout à fait cohérente avec ce que je dénonce dans mon livre « Le Choix Souverainiste » (ou Les 5 blocages à faire sauter pour redresser la France), à savoir un pays où tous les corps intermédiaires ont été peu à peu entièrement sabotés ou éliminés…. à commencer par les corps professionnels – syndicats ou branches professionnelles – qui ne représentent pratiquement rien ni personne. Les grèves insupportables qui s’étalent indéfiniment depuis début décembre, suite à une réforme des retraites d’ailleurs totalement néfaste, prouvent à quel point la France – qui est la risée de l’Europe et du Monde sur ce sujet – s’avère incapable de construire un dialogue social serein et constructif au sein du monde du travail. La France ne sait plus élaborer de grandes réformes au service de l’intérêt général à partir d’espaces de négociation et de décision réellement représentatifs dialoguant avec un Etat réellement compétent et authentiquement stratège… Dans ces conditions, notre présidente Marine Le Pen a parfaitement raison de demander un referendum sur la réforme des retraites !

Un autre blocage français très significatif opère comme une véritable lame de fond destructrice de l’ensemble de notre tissu économique. Il s’agit de la désindustrialisation et la désertification rurale ininterrompues depuis 30 ans qui laissent sans voix tous les gouvernements qui se succèdent à la tête de l’exécutif. On assiste ainsi à un déséquilibre grandissant entre la France des métropoles d’une part et la France périurbaine (ou semi-rurale) et la France rurale d’autre part. L’appauvrissement structurel des zones semi-rurales et rurales – où vivent

tout de même plus de deux tiers des Français ! – se traduit par la disparition  progressive des PME/PMI dont 80% se situent sur ces territoires et des ETI (Entreprises à Taille Intermédiaire) dont 73 %  sont  présentes quant  à  elles  sur

ces mêmes territoires délaissés par l’Etat central… Et ce phénomène est concomitant de celui de la « métropolisation » voulue par Emmanuel Macron qui vise à orchestrer la dissolution pure et simple des 32 000 communes de moins de 60 habitants au km2 (ruralité) et l’absorption des 3000 communes de 400 habitants au km2 (semi-ruralité) par les intercommunalités. Les petites et moyennes entreprises, d’un point de point de vue socio-économique, et les communes, d’un point de vue institutionnel, en étant ainsi peu à peu rayées des deux tiers de la carte de France, sont autant de corps intermédiaires et de repères vitaux détruits pour nos concitoyens. La crise des « gilets jaunes » trouve principalement sa source dans cette idéologie de la métropolisation qui entérine cette France des oubliés.

En parallèle de cette France bloquée dans les domaines professionnel, socio-économique ou institutionnel, il faut bien sûr revenir sur un autre aspect de la crise de la représentativité dans l’hexagone à savoir l’absence d’une réelle représentation politique dans la plupart des assemblées élues et avant tout à l’Assemblée Nationale. Grâce au scrutin majoritaire, le système politique français en place interdit tout renouvellement authentique de la classe politique. En particulier, aucun mouvement souverainiste anti-immigrationniste et anti-européiste n’arrive à émerger significativement et à accéder d’une manière ou d’une autre au pouvoir à la différence de nombreux pays européens où le souverainisme a pu accéder partiellement ou totalement au pouvoir (Pologne, Hongrie, Autriche, Italie, Tchéquie,…). Et le projet de loi Macron visant à instiller 20 % de « proportionnelle » dans le scrutin électoral législatif, qui pourrait voir le jour d’ici 2021, est un leurre. Cela permettra juste de faire croire que le Gouvernement a « entendu » la colère sourde des Français non représentés, mais assurera en réalité la continuité du verrouillage actuel de la représentativité politique biaisée.

Alors oui la France est bien le pays de tous les blocages. Si l’on y ajoute la concentration et la divergence du capitalisme financier qui, tournant le dos au capitalisme d’entreprise, assèche les fonds propres de nos entreprises (phénomène largement dénoncé par nombre d’études du Sénat ou de l’IFRAP par exemple) et la destruction de la famille par toutes les lois successives qui n’ont cessé de la marginaliser, on aboutit au tableau à peu près complet de cette

atomisation de notre société par  l’isolement accéléré des individus, des citoyens et des entreprises. Conçue, voulue et mise en œuvre par les cercles du pouvoir, cette volonté ultralibérale par  essence,  en  phase  avec  l’avènement  d’un

mondialisme mercantile et immigrationniste tel que promu par un J. Attali, restera la marque de ce quinquennat Macron et s’identifiera comme la quintessence de l’individualisme le plus forcené.

Seul un renouveau des peuples, en l’occurrence le renouveau de chaque peuple européen, pourra s’opposer à cette politique froide et implacable du « marché » et de l’argent. Seule la révolution tranquille des familles remises à l’honneur, des entreprises réunies au sein de branches professionnelles réhabilitées et des nations enfin affranchies des diktats bruxellois seront à même d’entamer la grande reconquête des tous les appareils de décision politique.