Tribune libre de Marine Le Pen, Présidente du Rassemblement National et Députée du Pas-de-Calais 

Invitée de BFMTV ce dimanche 24 janvier, Barbara Pompili rappelait, avec une certaine désinvolture, que la France envisageait de faire passer la part du nucléaire dans la production électrique de 70 % à 50 % d’ici 2035, conformément aux objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie. Plus inquiétant, selon la ministre, une option serait encore sur la table du président de la République: engager la France sur la voie du «tout renouvelable» – éolien et solaire à partir de 2035. Ces propos alarmants n’ont suscité que peu d’écho dans l’opinion publique – sans doute parce que la position d’Emmanuel Macron sur le nucléaire, comme sur mille autres sujets, est désespérément floue. Et pourtant, les enjeux environnementaux, économiques et stratégiques sont colossaux pour notre pays.

Sur le plan environnemental, le consensus scientifique est simple: l’électricité nucléaire est sûre, constante, abondante, et surtout quasi-intégralement décarbonée. Ainsi, selon l’Ademe, la production d’un kilowattheure d’électricité nucléaire génère 6 grammes d’émission de CO², directes et indirectes , c’est-à-dire sur l’ensemble du processus de production, incluant l’extraction du combustible et la construction des centrales.

L’éolien est légèrement moins performant, avec 7 grammes ; le photovoltaïque, avec 55 grammes, est largement distancé. Au facteur CO² s’ajoute celui, tout aussi essentiel pour préserver l’environnement et la biodiversité, de l’emprise au sol. Là aussi, le nucléaire est la technologie la plus performante: selon l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (Irena), la production d’un mégawattheure d’électricité nucléaire ne nécessite que 0,1 mètre carré, soit dix fois moins que l’éolien, et cent fois moins que le photovoltaïque.

Une donnée stratégique, tant la préservation des terres agricoles, en particulier, est déjà un enjeu stratégique. À cela s’ajoute l’impact désastreux des éoliennes sur le magnifique patrimoine paysager français qui contribue ( pour combien de temps encore?) , à faire de notre pays la troisième destination touristique mondiale.

Les enjeux économiques ne sont pas moins majeurs. L’industrie nucléaire française représente 125 000 emplois directs en France ; si l’on ajoute les emplois indirects, ce chiffre peut être multiplié par plus de trois, répartis entre 2 600 entreprises. À titre d’exemple, et à en croire l’Insee, la seule centrale de Fessenheim faisait vivre plus de 5 000 personnes jusqu’à sa scandaleuse fermeture par le gouvernement, au mépris de la rationalité scientifique, en juin dernier.

Pour un réacteur à eau pressurisée (EPR) construit à l’étranger par EDF, les chiffres sont également éloquents: pendant sa construction, une centrale de ce type génère plus de 3 700 emplois sur notre territoire. La capacité de notre filière nucléaire à tisser des partenariats à l’export est donc un enjeu majeur de prospérité et de réindustrialisation. Un mot sur lequel nos dirigeants aiment à verser des larmes, mais au service duquel ils ne mettent aucune action depuis des années, sinon des décennies.

Enfin, plus essentielle encore, est la souveraineté énergétique que permet une industrie nucléaire prospère, dans laquelle l’Etat stratège investit en se projetant, au minimum, sur trente ans. Yves Bréchet, polytechnicien et haut-commissaire à l’énergie atomique pendant sept ans, l’a rappelé lors de sa démission fracassante fin 2019, en réaction à l’inconséquence du gouvernement sur le sujet.

Le 21e siècle sera manifestement le théâtre de tensions structurelles de plus en plus aiguës sur les ressources, énergétiques en particulier. La capacité des Etats à protéger leur indépendance énergétique et à proposer à l’export des solutions industrielles viables pour réduire drastiquement les émissions de CO² sera une donnée structurante. Pour maintenir le niveau de vie de leurs populations, mais aussi pour peser dans les relations internationales.

Dans ce contexte, l’incurie absolue du gouvernement est une faute politique majeure et une négation de l’impératif de souveraineté industrielle de la France. Pire: nos gouvernants se montrent complaisants avec la désinformation menée depuis des décennies par certaines associations environnementales sur le sujet, Greenpeace au premier chef.

L’opinion française est-elle consciente des enjeux? Combien de nos compatriotes savent-ils, par exemple, que le stockage des déchets nucléaires ne pose aucun problème de sécurité? Combien sont informés quant aux retombées économiques, 60 milliards d’euros, de l’EPR de Flamanville, quand la communication officielle ne mentionne que le dépassement des coûts de sa construction? Combien savent que le déploiement d’énergies renouvelables intermittentes, fabriquées à l’étranger, aggrave notre dépendance aux terres rares indispensables à leur fonctionnement, dégrade notre balance commerciale et nous contraindra à des investissements massifs dans le réseau électrique, payés par les contribuables? Combien connaissent les enjeux d’emploi et d’indépendance nationale? Tous ces sujets, qui devraient être traités avec sérieux dans le débat public, sont écartés au profit d’une communication lénifiante, aveugle aux réalités scientifiques et ignorante des enjeux stratégiques.

Présidente de la République, mes engagements en la matière sont simples. Premièrement, je lancerai immédiatement la construction de trois nouveaux EPR, afin de consolider les savoir-faire de l’industrie française.

Deuxièmement, j’engagerai immédiatement le «grand carénage» du parc actuel de centrales, afin de garantir la couverture de nos besoins électriques et, par suite, une partie de ceux de nos voisins européens.

Enfin, je réactiverai les travaux de recherche visant à doter la France de réacteurs à neutrons rapides à moyen terme: c’est exactement l’inverse de ce qu’a fait Emmanuel Macron, en abandonnant le projet de réacteur expérimental Astrid, au mépris des 750 millions d’euros qui y avaient déjà été investis.

L’État sera au rendez-vous des investissements nécessaires, et les ressources sont déjà connues: les 70 milliards de subventions publiques que l’État envisage d’accorder aux énergies intermittentes d’ici 2030.

Ne laissons pas le débat sur l’énergie nucléaire être confisqué par une classe politique incapable de se hisser à la hauteur des enjeux. Il n’est pas trop tard, loin de là, pour mener ensemble cette entreprise essentielle au projet que je porte: celui d’une reconquête française.

Article à retrouver sur Le Figaro