C’est la face cachée du changement climatique puisque peu d’hommes résident dans les zones de permafrost. Pourtant, ces étendues glaciaires se modifient, suite au changement climatique et pourraient même accélérer ce changement vers la fin de ce siècle.

Le permafrost, une zone septentrionale en principe gelée…

Le permafrost, terme anglais, dénommé pergélisol en français, représente 25 % de la surface terrestre et 25 millions de km², essentiellement en zone Arctique, mais aussi Antarctique et dans les massifs montagneux .

Il se définit comme un sol dont la température reste inférieure à 0°C pendant au moins deux années consécutives. Ce sont donc essentiellement en Russie, au Canada, en Alaska (Etats-Unis) et au Groenland (Danemark), que se trouve cette zone de gel perpétuel.

… mais le dégel est rapide.

La fonte du permafrost, en raison du changement climatique, est d’autant plus impressionnante que cette région s’est réchauffée deux fois plus vite en comparaison à la moyenne mondiale.

D’ici 2100, on estime que 30 à 90 % du permafrost aura dégelé . Autant dire que la disparition de ce permafrost est quasiment actée.

Le cercle vicieux est enclenché.

Ce dégel libère des bactéries qui dégradent la matière organique prisonnière du sol depuis la dernière période glaciaire, il y a 12 000 ans. Ce faisant, elles libèrent ainsi du dioxyde de carbone et du méthane dans notre atmosphère.

Ces gaz ont un effet de serre, c’est-à-dire, qu’ils bloquent les infrarouges dans l’atmosphère, entraînant une hausse de température.

S’agissant plus particulièrement du méthane, ce gaz est 23 fois plus puissant que le dioxyde de carbone pour bloquer les infrarouges et donc produire l’effet de serre.

Selon les scientifiques, la quantité de carbone piégée dans le permafrost étant deux fois supérieure à celle déjà présente dans l’atmosphère, on imagine l’intensité du dérèglement climatique occasionné si l’ensemble du permafrost venait à fondre.

Tout l’enjeu est donc de contenir suffisamment les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter la fonte du permafrost, avant que cette fonte n’entraîne une réaction en chaîne en relâchant du méthane dans l’atmosphère.

Pour le moment, c’est mal engagé. En Sibérie, les scientifiques constatent la multiplication de cratères qui jonchent la toundra. Ces cratères, qui peuvent atteindre 70 mètres de profondeur, seraient formés par des explosions de gaz, libérés en raison du réchauffement climatique. Il y en aurait déjà plus de 7000 .

Toujours selon les estimations des scientifiques, les 19 millions de km² de permafrost dans le Grand Nord renfermeraient 1 700 milliards de tonnes de carbone organique : deux fois la quantité de carbone déjà présente dans l’atmosphère .

Le danger du mercure.

Il n’y a pas seulement que du méthane qui serait libéré par le dégel. Le cas du mercure, seul métal sous forme liquide dans des conditions normales de température, est plus inquiétant.

Le mercure est en effet un puissant neurotoxique et reprotoxique (il altère la fertilité). Il est également soupçonné d’être une des causes de la maladie d’Alzheimer.

Or, le permafrost stocke du mercure en grande quantité. Selon les scientifiques, le permafrost stockerait deux fois plus de mercure que le reste des sols, de l’atmosphère et des océans de la Terre .

La fonte du permafrost entraînerait donc une fuite du mercure dans les océans, contaminant ainsi la chaîne alimentaire.

Face au danger, l’Union européenne développe son catéchisme.

L’Union européenne se veut dépositaire d’un magistère moral dans le domaine du réchauffement climatique. On ne compte plus les déclarations généreuses et les règlementations exigeantes se multiplient.

La défense de l’accord de Paris sur le climat, signé le 12 décembre 2015 et plus récemment du Pacte vert européen, voté le 15 janvier 2020, par le Parlement européen, sont mis en avant par l’Union européenne pour démontrer sa volonté de parvenir à la neutralité climatique.

L’accord de Paris vise particulièrement à établir un régime multilatéral qui limiterait l’augmentation moyenne de la température en dessous de 2° par rapport aux niveaux préindustriels, le tout d’ici 2100.

En soi, cet accord et les règlementations dérivées auxquelles il donne lieu sont irréprochables sur la forme.

Qui pourrait contester l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’Union de 40 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990 ?

Qui contesterait l’objectif pour la France d’atteindre la neutralité carbone en 2050, en divisant par au moins 6 nos émissions brutes de gaz à effet de serre à cet horizon ?

Qui pourrait contester l’intérêt de développer des nouvelles règlementations sur l’économie circulaire, la rénovation thermique des bâtiments, la biodiversité, la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles ou encore l’agriculture ?

Ces professions de foi ont au moins pour mérite de réchauffer les cœurs, à défaut de refroidir concrètement le climat.

Res non verba.

Face au changement climatique, les députés européens du Rassemblement National ne sont pas restés inactifs.

Nous avons demandé au Parlement européen de traiter la cause du problème, à savoir la mondialisation des échanges commerciaux. Ce sont ces flux de marchandises qui alimentent les émissions de gaz à effet de serre.

Or, que fait l’Union européenne ? Elle favorise cette mondialisation par de nouveaux traités de libre-échange.

Ces traités sont pourtant indéniablement néfastes pour le climat puisqu’ils facilitent la délocalisation des productions manufacturières et agricoles sur d’autres continents, où les marchandises sont produites avec des énergies le plus souvent fossiles, puis sont transportés en Europe par des navires, eux-mêmes grands consommateurs d’énergies fossiles. La double peine climatique en quelque sorte.

Ainsi, 90 % du transport maritime mondial de marchandises, via les cargos et les pétroliers, émet autant de CO2 que l’Allemagne ou le Japon . Au rythme actuel de croissance, le bilan carbone du transport maritime pourrait encore augmenter de 50 à 250 % d’ici à 2050.

Mais surtout, les pays auxquels l’on délègue notre production, tels que la Chine, devenue la plus grande manufacture mondiale, utilisent un mix énergétique très différent du nôtre. La Chine produit son électricité principalement par des centrales au charbon – plus de 62 % de son électricité en 2017 – ce qui alimente une émission considérable de gaz à effet de serre .

Il est incontestable que le problème vient bien d’une volonté des dirigeants de l’Union européenne de délocaliser la pollution en même temps que la production.

Au demeurant, cet artifice juridique et commercial n’aura pas tenu longtemps puisqu’on évoque aujourd’hui des « émissions importées » afin de comptabiliser, dans notre bilan carbone, les émissions liées à l’achat de biens et services produits à l’étranger, mais consommés dans l’Union européenne.

Etat des lieux des traités de libre-échange signés par l’Union européenne.

Indifférente à cette pollution par délocalisation, l’Union européenne a conclu près d’une quarantaine d’accords commerciaux et continue de négocier de nouveaux accords :
– Le traité avec le Canada (CETA) a été signé en 2016 ;
– Le JEFTA avec le Japon est en vigueur ;
– Idem pour le traité avec le Vietnam ;
– Le Mercosur est en attente de ratification ;
– Le traité avec le Mexique est finalisé et en attente de signature ;
– D’autres traités avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont en cours de négociation.

Ces traités, présentés comme des opportunités d’exporter nos propres produits industriels et manufacturiers, ont surtout pour effet de diminuer les droits de douane et de réduire les quotas (volumes limités de marchandises), ce qui facilite l’entrée de productions étrangères en Europe.

Dans tous les cas, que l’on soit perdant ou gagnant en termes de balance commerciale, ces traités stimulent un fantastique flux de marchandises dans le monde. Avec les conséquences que l’on a vues en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Le localisme ou l’hypocrisie.

Si l’on souhaite réellement influer positivement sur le changement climatique et éviter la catastrophique fonte du permafrost, il faut repenser notre modèle économique.

Produire à un point A, dans un pays ne respectant aucune norme environnementale, transformer à un point B, acheminer chez nous ces productions pour les consommer, puis renvoyer nos déchets à l’autre bout du monde : c’est cela qui nuit à la planète .

C’est par le localisme, entendu comme la relocalisation de la production et de la consommation , que l’on pourra à la fois préserver nos emplois, notre environnement et réduire notre bilan carbone.

Comme le note ma collègue Aurélia Beigneux : « Sans changement de logiciel, l’Union européenne ne pourra envisager sa politique environnementale et son Pacte Vert que comme un affichage politique hypocrite et qui nous fera encore perdre du temps dans la lutte contre le réchauffement climatique ».

La réindustrialisation doit accompagner le localisme.

Mettre fin à des traités de libre-échange désastreux pour le climat comme pour nos emplois ne suffira pas.

Il faut aussi être en mesure de produire en Europe les marchandises les plus énergivores que l’on délocalise à l’heure actuelle.

C’est le sens de ma question écrite, cosignée par de nombreux députés européens du Rassemblement National, sur le développement du recyclage du lithium en Europe .

Comme l’indique cette question écrite, les batteries au lithium font partie de notre quotidien, car elles équipent notamment les véhicules électriques, les smartphones et les ordinateurs. Ces batteries sont aussi une réponse au problème de l’intermittence des énergies renouvelables, par exemple en stockant l’énergie produite par les panneaux solaires.

Mais la consommation du lithium ayant augmenté, au point de devenir sensiblement supérieure à sa production, il est nécessaire de développer le recyclage, afin de réduire la pollution liée à l’extraction minière, de limiter l’enfouissement de déchets en Europe et de diminuer notre dépendance aux importations.

Il s’agit aussi de développer de nouvelles batteries à très haute performance, dites de génération 4, qui pourraient stocker plus d’énergie avec moins de matières premières.

Cette industrie stratégique nous permettrait non seulement de réduire notre dépendance vis-à-vis de la concurrence étrangère, mais aussi de produire des véhicules électriques de moins en moins polluants.

Je déposerai également bientôt une question écrite sur l’usage de biocarburants, en particulier dans l’aviation civile. C’est une autre réponse au changement climatique puisqu’il s’agit de remplacer le kérosène fossile par des carburants alternatifs prometteurs : des recherches sont ainsi menées pour produire du biocarburant à partir d’algues ou encore de déchets tels que les boues d’épuration ou les ordures ménagères. L’hydrogène vert est également un carburant alternatif prometteur puisqu’il n’émet pas de CO2.

Toutefois, ces biocarburants nécessitent de créer en Europe des filières de production capables d’alimenter notre marché domestique. Pour y parvenir, il faudra nécessairement mettre en œuvre une fiscalité adaptée pour rendre ces biocarburants compétitifs.

Ce sera la conclusion de cette tribune : Il ne faut pas attendre de l’Union européenne actuelle, conçue avant tout pour développer les échanges commerciaux, qu’elle sauve le climat et encore moins nos emplois.

Ce n’est qu’en changeant les priorités de l’Union européenne, en faisant émerger comme objectif principale le localisme et la réindustrialisation, que l’Europe parviendra à faire un véritable bond pour sauver le climat.

La fonte du permafrost s’accélérant, l’urgence climatique s’imposera à tous, y compris aux laudateurs du marché unique. J’ai la conviction que notre continent dispose encore des ressources nécessaires pour réaliser cette transition économique et écologique. Là où il y a une volonté, il y a un chemin. Le temps est compté…