Tribune d’Annika Bruna, Député français au Parlement européen

Le transport maritime des animaux enchaîne les catastrophes : après le naufrage du Queen Hind, en novembre 2019, au large de la Roumanie, noyant plus de 14 000 moutons destinés à l’Arabie Saoudite, un autre cargo bétailler, le « Gulf-Livestock 1 », a sombré le 3 septembre dernier au large du Japon. Pas moins de 40 marins et près de 6000 vaches ont péri.

L’enquête établira si le Gulf-Livestock 1 était en bon état mais on peut déjà relever que ce navire avait eu une avarie de moteur en 2019 et qu’il a justement perdu un moteur lors du naufrage…

Car ces cargos bétaillers ne coulent pas sans raisons : la plupart du temps surchargés, ce sont souvent de vieux navires de marchandises transformés pour accueillir le bétail. Les inspections de ces cargos sont par ailleurs bâclées.

Aussi, les catastrophes maritimes qui se succèdent démontrent l’absurdité du transport international d’animaux : transportés dans des navires poubelles, parfois durant des semaines, les animaux manquent d’espace, d’eau, de nourriture et subissent des températures extrêmes.

Leur calvaire n’est pas pour autant fini car une fois arrivé à destination, le plus souvent dans des pays du Maghreb et Moyen-Orient, le bétail est soumis à des modes d’abattage particulièrement cruels : bovins encore conscients suspendus par les pattes ou agrippés par les orbites, animaux frappés ou égorgés par plusieurs coups de couteaux ou encore laissés sans eau en plein soleil…

Ajoutons enfin que ces cargos participent de la pollution atmosphérique maritime, responsable d’environ 50 000 morts prématurés en Europe. En effet, les cargos utilisent du fioul lourd, l’un des carburants les plus polluants au monde, qui rejette énormément de particules fines et ultra-fines.

Face à la multiplication des naufrages qui tuent marins et animaux, il est temps que les normes de sécurité maritime soient réellement appliquées pour que les cargos poubelles cessent de parcourir toutes les mers. Cela est d’autant plus vrai pour les cargos bétaillers qui mettent en danger les animaux mais aussi les marins.

Il est également urgent de stopper le transport longue distance d’animaux vivants. Une alternative existe : le transport de viande. Cela évitera des conditions de transport déplorables et des conditions d’abattage parfois abjectes.

Cela créerait également des emplois dans nos abattoirs qui, si l’on en croit les annonces gouvernementales, devraient enfin être mis aux normes dans le cadre du plan de relance, notamment en matière de formation du personnel mais aussi, espérons-le, en matière de surveillance.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que j’ai posé cette semaine une question écrite au Parlement européen sur les abattoirs mobiles, c’est-à-dire sur l’abattage à la ferme, méthode plus respectueuse du bien-être animal.