Tribune libre d’Edwige Diaz, Membre du Bureau national du RN

Le 3 septembre 2020, le ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin publiait la Circulaire INTA2020606C relative à « l’attribution des nuances politiques pour les candidats aux élections sénatoriales du 27 septembre 2020 ».

Tout comme la circulaire de Christophe Castaner datée du 3 février 2020 relative à « l’attribution des nuances politiques aux candidats aux élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars 2020 » (circulaire INTA 1931378J), elle fait état de la grille des nuances politiques mais aussi de la « grille de regroupement des nuances politiques par blocs de clivages ».

6 blocs de clivages sont ainsi déterminés :

Extrême-gauche (Nouveau Parti Anticapitaliste, Lutte Ouvrière…)
Gauche ( France Insoumise, Parti Communiste…)
Divers (Union Populaire Républicaine, Parti des Musulmans de France…)
Centre (La République en Marche, Mouvement Démocrate…)
Droite (Debout la France, Les Républicains…)
Extrême-droite ( Parti de la France, Rassemblement National…)

Si la distinction entre « l’étiquette » politique et « la nuance » politique peut être difficile à appréhender au premier abord, elle matérialise en réalité une bombe politique emprunte de stratégie politicienne.

La circulaire de l’ex-ministre de l’Intérieur adressée aux services préfectoraux, précisait d’une part que « l’étiquette politique […] correspond à la sensibilité politique du candidat […] librement choisie par ce dernier dans sa déclaration de candidature. »; et d’autre part que « La nuance est attribuée de manière discrétionnaire par vos services (les services de la Préfecture) à partir des grilles annexées à la […] circulaire. ». Monsieur Castaner concluait en apportant la précision suivante : « Il est tout à fait possible qu’elle (la nuance) soit différente de l’étiquette librement déclarée par le candidat »

Par cette manœuvre, un candidat du Rassemblement National se voit obligatoirement et régulièrement estampillé de la classification « extrême-droite ».

Cette assimilation entre « extrême-droite » et « Rassemblement National » déconcerte puisque le propre de l’Administration, dont relève le Ministère de l’Intérieur, est d’employer un vocabulaire objectif et précis.

Or, dire que le Rassemblement National est de droite est réducteur. Mais dire qu’il est d’extrême-droite relève de l’hérésie !

Pourquoi ?

Si le Rassemblement National est profondément attaché à certaines valeurs dites « de droite », telles que le travail, la sécurité ou encore l’identité, il défend aussi des valeurs dites « de gauche » telles que l’écologie, la justice sociale, les services publics… C’est la raison pour laquelle le Rassemblement National rassemble au-delà des classes sociales, au-delà de l’ancien clivage « Droite-Gauche » et est, par conséquent, ni de droite, ni de gauche.

L’extrême-droite, quant à elle, repose sur des principes absolument contraires aux valeurs défendues par le Rassemblement National, au premier rangs desquelles : l’antiparlementarisme, le rejet des partis politiques, le rejet des institutions républicaines, le racisme ou encore la violence.

De plus, le terme « extrême-droite » est particulièrement stigmatisant et contribue indéniablement à la diabolisation de celui qui est péjorativement qualifié ainsi.

Par ailleurs, ce terme infamant est systématiquement utilisé par des adversaires politiques et entraîne un grave préjudice de notoriété.

Il est donc particulièrement étonnant de constater que l’Administration commette ce genre d’errement sémantique.

Mais il est surtout déconcertant de voir que le Rassemblement National, parti politique majeur dans la vie politique française, finement structuré, dont la Présidente s’est qualifiée au deuxième tour de la présidentielle de 2017 grâce aux votes de 11 millions de Français et dont le vice-président est arrivé en tête des élections européennes de 2019, se voit agrégé à des partis anecdotiques ou avec des partis au programme parfois fantaisiste.

Entre amalgames sémantique et partisan, cette répartition incorrecte en blocs de clivages nuit à la crédibilité de l’Administration, qui vient de perdre sa pondération et sa neutralité politique; à moins que ce ne soit le Ministre lui-même qui décide de privilégier l’intérêt particulier de sa famille politique décriée à l’intérêt général auquel est tenu son Ministère ? Intérêt général censé reposer notamment sur la transmission d’une information juste et honnête au bénéfice des citoyens.

Pour se laver de tout soupçon de tentative de manipulation de l’opinion ou de tripatouillage politique, Monsieur le ministre de l’Intérieur devrait sortir de sa vision politique archaïque et repenser le paradigme de sa grille de nuances, en attribuant une dénomination juste au Rassemblement National qui pourrait s’intituler : mouvement patriote, souverainiste ou encore localiste.

Les candidats aux sénatoriales présents sur une « Liste localiste présentée par le Rassemblement National pour le rééquilibrage territorial »