Selon le Centre d’Information sur l’Eau, la France dispose de 193 milliards de mètres cubes d’eau par an, tandis que les besoins en eau ne s’élèvent qu’à 32 milliards de mètres cubes[1].

80 % de cette eau est prélevée dans les eaux de surface. En termes d’utilisation, 50 % de ces eaux sont destinées au refroidissement des centrales électriques (la majorité des eaux de surface prélevées), 17 % à l’eau potable, 9 % à l’agriculture, 16 % aux canaux de navigation et 8 % à l’industrie.

Pour le moment, les réserves naturelles, aquifères[2] et rivières, se renouvellent sans que l’on soit contraint de puiser dans les réserves fossiles.

Toutefois, avec le changement climatique, les périodes de sécheresse et de canicules s’allongent et diminuent les périodes de pluies, tandis que les pluies orageuses peinent à s’infiltrer correctement dans les sols. C’est pourquoi les nappes phréatiques se rechargent plus difficilement qu’auparavant.

D’ores et déjà, certaines communes font face à des pénuries d’eau saisonnières et environ 85 départements français font l’objet d’arrêtés de restriction d’eau chaque année, en période estivale. L’approvisionnement en eau des Français devient donc plus précaire.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’eau ne manque pas dans notre pays, mais sur les 32 milliards de mètres cubes prélevés en France chaque année, l’eau mise en réseau de distribution ne représente que 17 % du total, soit plus de 5 milliards de mètres cubes.

Mais ces infrastructures vieillissent, ce qui entraîne des fuites importantes et donc autant de pertes. Bien sûr, ce vieillissement recoupe plusieurs réalités. Les fuites qui en résultent trouvent ainsi leur origine dans la corrosion des tuyaux, dans les mouvements ou les tassements des terrains qui endommagent les conduits, dans le vieillissement des joints entre les canalisations ou encore dans les faiblesses aux points d’embranchement du réseau ou d’embranchement des compteurs (près de 128 millions de m3 d’eau perdue)[3].

C’est ainsi que sur nos 5 milliards de mètres cubes d’eau mis en réseau[4], un milliard est perdu[5], soit un ratio de 20 % de pertes[6] !

La Fédération des entreprises de l’eau (F2PE) a donc sonné l’alarme et demandé que le plan de relance français permette de doubler le taux de renouvellement des réseaux, c’est-à-dire leur rénovation.

En l’état actuel, ce taux de renouvellement n’est en moyenne que de 0,61 % par an. Il faudrait donc plus de 150 ans pour renouveler les 900.000 km de conduites d’eau du pays !

Selon la F2PE, les besoins annuels en investissements, d’ici 2025, s’élèvent à 3,3 milliards d’euros, en plus des six milliards déjà dépensés chaque année.

Si les industriels de l’eau sont bien sûr intéressés par ces investissements, force est de constater qu’une rénovation accrue des réseaux de distribution donne des résultats : « Sur les 13 dernières années, l’amélioration des taux de rendement a permis de prélever 1,1 milliard de mètres cube par an en moins dans la nature, alors que pendant la même période, la population a augmenté de 4,5 millions d’habitants”[7].

Cet enjeu est crucial pour les territoires ruraux qui sont bien moins densément peuplés que les centres urbains :dans ces territoires, toute réparation implique de facturer à un nombre plus réduit de clients.

Facteur aggravant : les longueurs des conduites sont plus étendues en milieu rural. La distance à parcourir pour desservir un client est en moyenne de 21 mètres en zone rurale contre 6 mètres en zone urbaine[8].

C’est ainsi qu’on estime que d’ici 2050, les villes auront renouvelé 90 à 95 de leurs réseaux, en s’équipant de capteurs modernes[9], permettant de déceler les pertes entre deux points d’un même tronçon. Le taux de renouvellement des réseaux de distributions urbains est d’ailleurs au-delà des 1 %, au lieu des 0,61 % de moyenne nationale.

Les territoires ruraux sont en revanche à la traîne car, à moins d’augmenter considérablement les factures, les communes ou plutôt les intercommunalités rurales peuvent difficilement assumer ces investissements. En conséquence, le taux de renouvellement des réseaux ruraux est pour le moment plus proche de 0 % que des 0,61 %.

Au final, il y a donc deux options possibles pour notre pays :

– Soit la France abandonne une fois de plus ses territoires ruraux et les réseaux de distribution d’eau qui s’y trouvent seront frappés de nombreuses fuites et donc de pertes ;

– Soit la solidarité nationale, voire la solidarité européenne, est mise en œuvre pour rénover les réseaux de distribution ruraux.

Ne pas agir signifierait subir un nouveau déclassement de notre pays : nous ne serions plus, à terme, en capacité de garantir l’accès à l’eau potable à tous les Français. Mais au-delà de l’égalité des citoyens dans l’accès à un service public fondamental, la rénovation de nos réseaux ruraux de distribution d’eau éviterait un terrible gâchis environnemental puisque toute perte implique un accroissement des prélèvements d’eau dans le milieu naturel.

Pour ma part, je déposerai prochainement une question écrite auprès de la Commission européenne afin de lui demander si elle compte, dans le cadre de son propre plan de relance, soutenir les communautés rurales européennes dans la modernisation de leurs réseaux de distribution d’eau.

J’espère convaincre un grand nombre de mes collègues parlementaires de joindre leurs signatures à cette question écrite qui transcende tous les clivages politiques.

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[1]https://www.cieau.com/connaitre-leau/les-ressources-en-france-et-dans-le-monde/etat-des-ressources-en-eau-en-france-faut-il-sinquieter-dune-penurie/

[2] Sol ou une roche réservoir originellement poreuse ou fissurée, contenant une nappe d’eau souterraine et suffisamment perméable pour que l’eau puisse y circuler librement.

[3]http://www.slate.fr/story/200721/gaspillage-eau-comment-eviter-zero-conduite

[4]Chiffres de 2017.

[5]Selon le rapport de l’Observatoire de l’eau et de l’assainissement du 19 juin 2020, L’eau magazine n°35 – Septembre 2020, p. 29. https://eau-entreprises.org/publications/

Un milliard de mètres cubes par an perdu, c’est l’équivalent de la consommation annuelle de 18,5 millions d’habitants ou de 400 000 piscines olympiques.

[6]Comparativement, le taux de fuitedans d’autre pays européens est souvent encore plus élevé : Royaume-Uni (21 %), Belgique (27 %), Italie (38 %).

[7]https://www.banquedesterritoires.fr/distribution-deau-20-de-fuites-dans-les-reseaux-depuis-2012

[8]http://www.slate.fr/story/200721/gaspillage-eau-comment-eviter-zero-conduite

[9]Les capteurs permettent de déceler une perte entre deux points d’un même tronçon.