Tribune libre d’Aurélia Beigneux Député français au Parlement Européen Membre de la Commission Environnement

Vous souvenez-vous du Président de la République lors de ses vœux du 31 décembre 2019 ? Emmanuel Macron déclarait : « 2020 sera l’année où un nouveau modèle écologique pourra se déployer ». Il avait annoncé qu’une ligne politique serait mise en place « sur plusieurs années pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre mais aussi pour œuvrer en faveur de la biodiversité ».

Cependant, juste avant la crise du covid-19, le gouvernement a proposé une orientation totalement paradoxale. En effet, le mercredi 22 janvier, une rencontre a eu lieu entre la direction générale de l’Office national des forêts et les organisations syndicales représentant les personnels de droit public. Le gouvernement y présenta le « le projet de loi d’accélération et de simplification de l’action publique » prévu pour février.

L’objectif du projet de loi est d’abord financier. Le gouvernement propose donc une modification du Code forestier pour permettre aux salariés de droit privé d’effectuer des missions identiques à celles des fonctionnaires. Le nombre de fonctionnaires diminuerait alors à terme, au profit des contractuels qui deviendraient majoritaires au sein de l’Office. Ce souci de coupe budgétaire poussera les agents restants à

une pression beaucoup plus forte de la direction, pour augmenter les prélèvements en forêt.

Le projet de loi qui avait été présenté au Conseil des ministres le 5 février a été adopté en première lecture avec modifications par le Sénat le 5 mars dernier. Ce vote, dont l’Article 33 remet en cause un fondement majeur, celui du service public dans la gestion forestière française, interroge. Une des craintes, c’est que les nouvelles priorités aillent vers une surexploitation des forêts au détriment d’une gestion durable.

Allons-nous voir le métier de forestier passer uniquement dans une mission recentrée sur la production, en oubliant les tournées de surveillance, l’accompagnement des communes et de la protection de l’environnement ?

Allons-nous voir des grands chantiers de coupes qui ravageront entièrement les forêts françaises à cause d’un abaissement des niveaux de contrôles ?

Nous sommes effectivement bien loin des propos d’Edouard Philippe, dans une lettre de mission, en date du 21 janvier 2020, où le Premier ministre rappelait que la forêt « joue un rôle majeur pour atténuer les effets du changement climatique. Elle constitue un réservoir de biodiversité, contribue à la protection de la ressource en eau et participe à la réduction des risques en montagne ».

Dans un contexte de crise climatique mais aussi écologique avec la perte des écosystèmes, les forêts jouent et joueront un rôle majeur dans le futur. Il faut donc tout mettre en œuvre

pour préparer la forêt du 21ème siècle. Réservoir de biodiversité, la forêt participe aussi à la lutte contre la pollution, puisque les arbres captent le CO² présent dans l’atmosphère.

Défendons l’Organisation National des Forêts, Défendons les savoir-faire de nos forestiers, Défendons les forêts françaises face à une rentabilité effrénée

Comme le disait Chateaubriand « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent ». Gardons cette réflexion dans notre manière de voir la gestion forestière.