Tribune libre de Dominique Bilde, député français au Parlement européen

C’est dans la langue de Molière que semble s’écrire l’avenir en Afrique. Signe des temps : l’Organisation internationale de la Francophonie (OIT) lançait fin juin un grand plan de mobilité pour les professeurs de français. Première destination : le Rwanda.

Le choix pourrait paraître anecdotique, si l’ancienne colonie belge ne s’était pas dès 2008 jetée à corps perdu dans une politique d’anglicisation. Jusqu’à faire raser en 2014 le centre culturel franco-rwandais de Kigali. L’enfant prodigue avait eu toutefois tôt fait de rentrer au bercail, puisqu’en 2018 la protégée du président rwandais Paul Kagamé, Louise Mushikiwabo, était élue à la tête de l’OIT avec la bénédiction d’Emmanuel Macron.

De fait, dans la plupart des pays tentés un temps par les sirènes de la langue de Shakespeare, le vent commence à tourner. Récemment, le Maroc envisageait de remplacer l’arabe par le français comme langue d’enseignement des matières scientifiques à l’école. Il faut dire que, comme le reconnaissait même le très sérieux Le Monde : « sur le marché du travail [marocain], ceux qui maîtrisent le français ont des salaires plus attractifs et de meilleures perspectives de carrière. »

Quant à la Mauritanie, où le clivage linguistique est sciemment entretenu pour évincer les communautés noires francophones, son assemblée s’est empressée de démentir l’information relative à l’interdiction du français dans les débats parlementaires. « La langue de travail, que ce soit dans le domaine privé ou public en Mauritanie, reste le français », reconnaissait un parlementaire.

Comment pourrait-il en être autrement dans un monde francophone en pleine ébullition ? À qui douterait par exemple des projections démographiques tablant sur un français première langue mondiale en 2050, on objectera que les prévisions économiques sont au diapason de cet optimisme.

Ainsi, le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone rappelait récemment que l’Afrique subsaharienne francophone reste la locomotive du continent. Cette situation n’est pas sans susciter intérêt et envie auprès de certains locuteurs lusophones ou anglophones. En 2018, le président du Ghana intervenait ainsi en français lors du sommet de la Francophonie, s’engageant à le consacrer au rang de langue officielle du pays.

Hélas, comme nul n’est prophète en son pays, c’est bien en Europe que l’expansion de notre langue semble marquer le pas.

En cause, des institutions européennes arc-boutées sur la primauté de l’anglais. Ainsi, en dépit d’un Brexit qui ravalera l’anglais au rang de 17e langue maternelle au sein de l’Union européenne et du fait que 80% des fonctionnaires de la Commission européenne maîtrisent le français, certains d’entre eux avaient dû en septembre dernier se fendre d’une pétition contre l’usage imposé de l’anglais. Parmi les raisons de cette suprématie, l’insistance de certains États membres de l’Europe de l’Est, dont aucun n’est pourtant, à l’inverse de la France, contributeur net au budget européen.

Au-delà de l’affront que constitue cette politique linguistique pour notre pays, il est notable que l’Union européenne se place une fois encore à contresens de l’Histoire et, député française patriote au Parlement européen, j’aurai toujours à cœur de le lui rappeler.