Tribune de Dominique Bilde, député français au Parlement européen 

Cinquante : le seuil symbolique des morts des opérations Serval et Barkhane aura été atteint après la disparition du sergent Yvonne Huynh et du brigadier Loïc Risser. Quelques jours auparavant, trois autres militaires, tous issus du premier régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse, avaient connu le même sort. Tous ont succombé à la suite de l’activation d’engins explosifs au passage de leurs véhicules.

Des « méthodes pernicieuses de guérilla » que le ministre des Armées Florence Parly feignait de découvrir, lundi 4 janvier, dans les colonnes du Parisien. Et d’évoquer une réduction probable des effectifs de Barkhane, actuellement établis à 5 100 hommes.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir engrangé des succès décisifs. En témoigne la liquidation du chef local d’Al Qaïda Abdelmalek Droukdal ou encore d’une cinquantaine de djihadistes fin octobre, au prix de combats achevés « au sol ».

Mais, sillonnant une immensité désertique de presque cinq millions de kilomètres carrés, Barkhane ne peut guère compter que sur elle-même, ainsi que sur les armées africaines du G5 Sahel, également durement éprouvées. Au point que le président tchadien Idriss Déby Itno se déclarait en avril prêt à jeter l’éponge.

En effet, en dépit des rodomontades sur « l’Europe de la défense », l’Allemagne rechigne toujours à voir ses soldats participer aux opérations antiterroristes, tandis que l’Union européenne ergote sans fin sur l’aide matérielle à fournir aux armées africaines : sur le fondement de querelles d’Allemand juridiques, il semblerait bien que ces dernières doivent se contenter d’équipement « non létal ». Leurs soldats apprécieront !

L’Union a certes organisé le sommet de Bruxelles en 2018, mais les promesses de dons ont tardé à devenir réalité. Bref, comme l’illustre le lancement en demi-teinte de sa force spéciale Takuba, la France pourrait presque compter ses alliés européens sur les doigts d’une seule main.

Quant aux États-Unis, indispensables dans le domaine de la surveillance, notamment via leur base nigérienne de drones à Agadez, ils ont soufflé le chaud et le froid sur la pérennité de leur soutien.

Ces observations ne sauraient toutefois exonérer la France de toute critique. Sur son manque de leadership d’abord, flagrant au regard de la désinvolture avec laquelle les autorités maliennes imposaient à Paris des négociations avec certains groupes djihadistes, idée initialement rejetée par la France et que celle-ci fait aujourd’hui mine de reprendre en partie à son compte. Sur sa communication désastreuse ensuite, couronnée par son impopularité grandissante au Mali contre laquelle Emmanuel Macron tempêtait en vain lors du sommet de Pau.

Mais le plus impardonnable, c’est d’avoir consenti à la libération de deux cents djihadistes pour les beaux yeux de la citoyenne Pétronin.

Camouflet vis-à-vis de nos troupes, dont le sacrifice s’en trouve galvaudé, ce scandale minera durablement la crédibilité de la France à l’égard de ses partenaires africains.

D’autant plus que le 28 décembre dernier, l’Algérie enfonçait le clou en annonçant avoir mis la main sur « la somme de 80 000 euros » lors de la destruction de cinq casemates terroristes. Soit la première tranche, selon elle, de la rançon qui aurait été versée lors de l’affaire susvisée. Et le Premier ministre algérien de fustiger « des transferts, au profit de groupes terroristes, de fonds colossaux » … Quelle que soit la véracité de ces allégations, on aurait du mal à le contredire sur le fond de son propos.

« Tout est perdu fors l’honneur », écrivait en substance François Ier à sa mère aux lendemains de la défaite de Pavie. Entre incohérence, atermoiements et cynisme, c’est au contraire l’honneur et la réputation de la France qu’Emmanuel Macron compromet cette fois, en dépit de l’inébranlable courage et de la détermination de nos troupes, largement victorieuses sur le terrain.