Aviation civile : La France a une carte à jouer dans les biocarburants.

Tribune de Mme Annika Bruna, Député français au Parlement européen,.

 

 

Au moment où la France et sept autres pays de l’Union européenne, dans une déclaration commune[1], souhaitent rendre obligatoire le carburant vert dans l’aviation, il n’est pas inutile de rappeler que la France dispose de quelques atouts dans ce secteur.

Pour le moment, seulement 0,05 % de biocarburants sont mélangés avec le kérosène au sein de l’Union européenne mais la recherche progresse pour offrir des alternatives. Les algues, la canne à sucre ou encore l’hydrogène vert sont des ressources prometteuses. Des déchets tels que les boues d’épuration ou les ordures ménagères pourraient aussi être mis à profit.

Toutefois, le prix constitue l’obstacle le plus important à franchir : les biocarburants sont entre 2 et 5 fois plus chers que le kérosène fossile.

Le projet de la France et des autres pays européens est donc de mettre en œuvre un pourcentage de mélange obligatoire pour stimuler la demande.

En attendant cette initiative règlementaire, force est de constater que la recherche permet déjà de produire des aéronefs de moins en moins énergivores et polluants : le secteur aéronautique est parvenu à baisser les émissions de CO2 par passager de la moitié au cours des trente dernières années, chaque nouvelle génération d’avion consommant 15 à 20 % de CO2 en moins que la précédente. C’est le cas notamment pour l’A350.

Certes, le transport aérien représente encore entre 2 et 3 % des émissions mondiales de CO2 dues à l’activité humaine[2]. Mais les entreprises françaises et européennes sont en pointe dans la recherche pour réduire l’emprunte carbone de l’aviation civile[3]. Notre pays bénéficie à ce titre d’un tissu économique très favorable dans la région toulousaine, où Airbus tient le rôle de figure de proue.

Les recherches menées en France et chez nos partenaires européens portent particulièrement sur les biocarburants et l’hydrogène, carburant alternatif le plus prometteur puisqu’il n’émet pas de CO2.

Airbus, l’un des rares exemples de véritable coopération industrielle à l’échelle européenne, prévoit ainsi de lancer un premier avion neutre en carbone à l’horizon 2035.

Le projet de la France et de ses partenaires européens, mélanger obligatoirement des biocarburants avec du kérosène fossile, aurait pour mérite de faciliter la création et la stabilisation de filières de biocarburants.

Toutefois, pour parvenir au but escompté, il faudra également mettre en œuvre une fiscalité adaptée, à l’échelle européenne, pour rendre ces biocarburants compétitifs en profitant de notre marché domestique.

[1] Déclaration commune du lundi 8 février demandant à l’exécutif européen “d’encourager l’utilisation de carburants d’aviation durables”. En dehors de la France, les pays demandeurs sont le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suède.