Tribune libre de Patricia Chagnon, Responsable RN80, Conseillère Régionale, Conseillère Municipale et Communautaire

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume lance « un appel à l’armée de l’ombre des hommes et des femmes [qui] ne travaillent pas, qui sont confinés chez eux, qui sont serveur dans un restaurant, hôtesse d’accueil dans un hôtel, coiffeur de mon quartier, qui n’ont plus d’activités [du fait de la crise du coronavirus] à rejoindre la grande armée de l’agriculture française ».
Ce n’est pas un simple appel pour de l’activité physique au grand air en cette période de confinement, ni pour se rendre utile plutôt que de rester chez soi à regarder Netflix, encore moins pour réconcilier monde urbain et monde rural. Non, il s’agit d’un véritable appel au secours pour sauver les prochaines récoltes.

Des asperges et des fraises, provenant d’exploitations qui ont réussi à survivre aux traités de libre-échange, aux directives européennes débiles et aux dépenses astronomiques pour des mises aux normes souvent ridicules, sont une nouvelle fois menacées… par manque de main-d’œuvre.

L’agriculture française manque de bras. Le ministre estime les besoins à 200 000 personnes ? Comment est-ce possible dans un pays qui compte sept millions de chômeurs ?

Le retour de manivelle mondialiste !
Livrés à une concurrence déloyale par un État français qui a appliqué docilement la feuille de route de l’Union Européenne, souvent encouragés par des responsables de la FNSEA, de nombreux agriculteurs ont contenu leurs coûts de production en se tournant vers la main-d’œuvre étrangère. Celle-ci, peu regardante sur les conditions de travail, notamment les horaires, et parfois en situation irrégulière, disons-le, a permis la survie de nombreuses exploitations qui ont pu ainsi satisfaire tant bien que mal aux impératifs de la mondialisation et aux exigences du libre-échange. Avec la crise sanitaire, ces travailleurs restent confinés chez eux… Ce coup de frein brutal à l’emploi de la main d’œuvre étrangère ne met pas seulement les agriculteurs dans des difficultés inouïes, mais menace directement l’approvisionnement de notre pays en asperges et en fraises. Aussi, le ministre se tourne-t-il vers les Français sur l’air du “Il faut produire pour nourrir les Français”.

Produisons Français avec des Français pour les Français !
La politique agricole française nous montre là ses limites. M. Guillaume en convient. Mais si, dans l’euphorie du déconfinement, la remise en cause de cette politique est reportée aux calendes grecques, les Français seront là pour demander le remplacement du modèle libéral et européiste par la revalorisation de l’agriculture française et l’indépendance alimentaire de leur cher pays !