Tribune de Mathilde Androuët, député français au Parlement européen

Le 29 octobre dernier, Mahathir Mohamad, l’ancien Premier ministre malaisien en poste jusqu’en mars dernier, s’est permis sur ses réseaux sociaux d’affirmer que “les Musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français pour les massacres commis dans le passé”. Cette publication justifiant un éventuel génocide s’ajoutait aux différentes manifestations et sorties haineuses dans le monde arabo-musulman suite à la décapitation du professeur Samuel Paty qui avait montré des caricatures du prophète Mahomet pour illustrer un cours sur la liberté d’expression.

Suite à cet appel au meurtre, le gouvernement malaisien n’a pas daigné donner un avis officiel à ce qui est pourtant une menace claire de la part de l’un de ses anciens représentants. Ceci est d’autant plus problématique que l’actuel chef du gouvernement, Muhyiddin Yassin, n’est autre que l’ancien numéro 2 du parti dirigé par Mahathir Mohamad.

Dans l’optique d’obtenir sans délai une clarification officielle de la part de la Malaisie, j’ai adressé le 30 octobre dernier un courrier à la représentation diplomatique malaisienne auprès de l’Union européenne, et cela en tant que membre au Parlement européen de la délégation ASEAN (délégation comprenant, entre autres pays, le pays incriminé).

Sans aucune réponse de la part de la Malaisie, j’ai renouvelé ma demande de clarification le mercredi 25 novembre, à l’occasion d’une réunion avec les ambassadeurs des pays de l’ASEAN auprès de l’Union européenne. La réponse obtenue, la première émanant d’un organe officiel malaisien, laisse perplexe : si la condamnation des attentats et la revendication d’un islam modéré sont ouvertement exprimées, elles sont directement assorties d’un refus des caricatures et d’un parallèle entre extrémisme islamiste et l’existence de personnages folkloriques dans les carnavals européens.

Voici les mots de Prisheela Prakas, chargée de mission à l’ambassade de Malaisie, qui tend à oublier (sciemment ?) que le second exemple peut certes blesser mais que le premier tue. Dès lors, comment oser les afficher sur le même plan ?

« En tant que pays démocratique, nous respectons la liberté d’expression. Mais cette liberté entraîne des devoirs et des responsabilités. (…) La liberté d’expression ne saurait être détournée pour justifier la violence, attiser la haine, et propager le racisme, l’islamophobie et la xénophobie. Nous condamnons fermement tout discours provocant et tout acte provocateur visant à dénigrer l’islam, que ce soit au travers de publications ou discours populistes, en amalgamant l’islam avec le terrorisme, et au moyen des caricatures blasphématoires représentant le saint prophète Mahomet (paix et bénédiction sur lui). … Permettez-moi de réitérer la position de la Malaisie : les déclarations de M. Mohamad sur Twitter et Facebook sont ses opinions personnelles. Elles ne représentent ni n’engagent la position du Gouvernement malais. Puisque j’ai la parole, je souhaiterais également attirer votre attention sur un événement qui s’est produit en février 2020 au cours du défilé du Carnaval d’Alost, ici, en Belgique, où la Commission européenne a critiqué le défilé belge en raison de caricatures antisémites jugées incompatibles avec les valeurs et principes de l’Union européenne. Ce même carnaval a été retiré de la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO pour incitation à l’antisémitisme. Il existe des similitudes entre cette situation et celle des caricatures blasphématoires représentant le saint prophète Mahomet (paix et bénédictions sur lui). Cependant, la réponse a clairement été différente. Cette contradiction est flagrante et parle d’elle-même. »

La clarification de cette représentante diplomatique malaisienne a eu le mérite d’exister grâce à la détermination du groupe ID. Mais il ne rassure guère quant à la sérénité de la coopération entre l’Union européenne et ce pays. Pire encore, la complaisance de la Malaisie avec un islamisme rapidement offusqué et parfois meurtrier pour le simple usage du droit à la caricature ne peut que soulever notre crainte. Il est important que tous les pays européens prennent la mesure du danger de ce double discours et revoient la nature de leurs partenariats à l’étranger.

Lien : https://youtu.be/M7TuuLglwbE